Est-ce que quelqu’un s’est déjà dit « mais qu’est-ce que je suis drôle ! » en le pensant vraiment, et pas à propos d’une bonne blague sortie au bon moment mais vraiment comme une caractéristique globale ? L’humour, c’est quand même quelque chose de bien particulier, propre à chacun, qui varie selon l’ambiance, le moment, l’époque…
Je me suis posé la question quand, lors d’une présentation en équipe, on s’est dit qu’il serait sympa de se présenter via un « fun fact ». Évidemment, j’étais la première à devoir me prêter à l’exercice et après avoir énoncé bien sagement mon nom, mon âge et ma situation dans la boîte, j’ai bloqué. Bien sûr qu’il m’est arrivé des trucs cocasses, qui peuvent faire rire mais sur le moment, impossible ! A chaque fois que quelque chose me venait en tête, je me disais qu’il n’y avait vraiment pas de quoi en rire. J’aurais pu parler de mon absence totale de coordination qui fait qu’au mieux, je perturbe la personne derrière moi à la zumba, au pire, je tombe ; j’aurais pu leur avouer que j’ai testé à peu près toutes les couleurs de cheveux ; j’aurais pu expliquer que mon nom laisse penser que je suis d’origine asiatique et que je peux voir l’étonnement sur le visage des gens en face de moi quand ils me rencontrent ; j’aurais pu confesser que je n’ai jamais regardé Charmed, Alias ou Buffy contre les vampires (j’avais déjà donné mon âge donc je ne me trahissais pas)… Bref, il y en a des histoires mais sont-elles si « fun » ? Heureusement pour moi, ma partner in crime m’a sauvé la mise en donnant une anecdote sur moi. Je ne sais même plus si c’était ma ville de naissance ou le fait que j’ai pratiqué l’escrime pendant plusieurs années.
Je sais ce que vous vous dites : ben, en quoi c’est drôle ? Honnêtement, je cherche encore mais ça a marché. Les personnes autour de moi ont trouvé ça marrant. Et c’est là que je me suis dit 2 choses : 1/ je me prends vraiment la tête pour rien et 2/ si j’en suis encore à y penser, c’est bien que je ne suis pas fun !
Attention, je ne suis pas une mormone qui tire la gueule à chaque galéjade, je sais rire (la tristesse de cette phrase sortie de son contexte) et je pense avoir de bonnes vannes régulièrement. Mais je ne pense pas que quelqu’un ait déjà dit de moi, après m’avoir rencontrée : « qu’elle est drôle cette fille, complètement fofolle, trop rigolote ». Et ce n’est pas grave, hein, je le vis bien. Je réfléchis juste trop pour être si détendue et donc marrante toute la journée, toute l’année.
Par exemple, il y a plein de moments où je vois des gens rire et qui me laissent plutôt insensibles : le meilleur exemple étant les vidéos qui circulent les réseaux. Derrière une vidéo de bébé qui grimace à manger du citron, moi je pense juste à ses parents qui sont tout contents de faire des milliers de vues sans se dire que leur môme déteste ce qu’il se passe. Ou tous ces pseudos-influenceurs business que tout le monde regarde pour se moquer et je crise en me disant que c’est exactement ce qu’ils recherchent et qu’on donne de la visibilité à ces bas du front protéinés…
Pour moi, l’humour, c’est du travail. Et aussi une forme d’intelligence. Ça se travaille donc. C’est pour ça que je suis admirative de celles et ceux qui osent franchir le cap et monter sur scène et que, j’applaudis de toutes façons. Je me souviens d’ailleurs avoir une fois assisté à un one-woman-show où la personne m’a tant mise mal à l’aise que laissée pantoise mais où j’ai quand même applaudi (certes, pas avec beaucoup de ferveur), juste pour l’effort. Je ne sais pas s’il fallait l’encourager quand j’y repense mais elle avait eu le courage de s’exposer et de penser qu’elle était assez drôle pour passer du diner avec ses copines à une scène de théâtre. Elle avait donc sûrement des copines à moitié racistes ou complètement sourdes mais c’est un autre débat. (Promis, toi qui montes sur scène dans quelques semaines, ce n’est pas de toi que je parle. Toi, tu es drôle, tu me fais vraiment rire et tu vas cartonner !)
Alors, est-ce que j’essaie d’être drôle ? Oui, bien sûr, c’est quand même extrêmement agréable de faire passer un bon moment à quelqu’un, comme offrir un cadeau que tu n’aurais pas besoin d’emballer. Mais ce n’est pas mon but premier quand je prends la parole ou quand j’écris. Ce n’est qu’un bonus. Et ça c’est bien une phrase et une réflexion de fille qui réfléchit trop pour être vraiment drôle. CQFD.
Pour conclure et pour vous remercier d’avoir fini cette chronique, un dernier fun fact sur ma petite personne : je ne peux pas manger pendant la pub ou pendant un générique, j’ai l’impression de « gâcher » mon plateau télé. C’est fun, ça ?
