Chronique immédiate

Vous avez déjà reçu cet appel un peu surréaliste du « je viens de t’envoyer un mail, tu l’as eu ? Tu as une réponse à me donner ? » La bienséance m’empêche de répondre le fond de ma pensée.

Je l’avoue, je fais une petite overdose de la disponibilité immédiate et de la réactivité à la vitesse de la lumière qu’on est censé avoir. Bien sûr, je vous vois venir : ça fait partie de mon métier. Je suis là pour répondre à des questions et requêtes qui vont faire que mon objectif sera atteint ou pas. Je dois l’avouer, c’est même un de nos arguments de vente : nous sommes une agence réactive. Une question d’une journaliste ou d’une influenceuse ne reste jamais sans réponse plus d’une journée. Et c’est vrai, nous sommes ce genre de presta.

Mais depuis quand ça devrait être vrai aussi dans la vie perso ? Depuis quand il est devenu normal de prendre un petit « euh, je t’ai écrit et tu ne m’as pas répondu. En plus, j’ai vu que tu avais vu. » ? Alors, oui, Michel, tu as raison, j’ai vu ton message, mais quand tu m’as écrit, j’étais sur le point d’entrer au ciné et je déteste les gens qui éclairent leur partie de la salle tout ça parce qu’ils ont eu une notification alors que je viens précisément pour être dans le noir. (Et dans le silence aussi, donc je te saurai gré de mâchouiller tes M&M’s dans le tractopelle qui te sert de bouche quand il y a une bande son suffisamment puissante, merci). Peut-être que j’étais aussi en train de faire autre chose, que j’étais fatiguée, que je ne sais pas quoi répondre à ton « alors, quoi de neuf ? » envoyé juste pour être poli avant de me demander un service. Ou juste que je me suis dit que tu méritais mieux que 30 secondes de mon attention entre 2 arrêts de métro pour te répondre et que si tu avais été plus patient, tu aurais eu un message plus intéressant que « ben rien de spécial, et toi ? ».

Je me souviens d’ailleurs que quand on était petites, ma mère nous disait à quel point l’attente était le meilleur des moments (surtout pour le passage du Père Noël) parce que ça te permettait de rêver à plein de choses, d’imaginer, de sentir venir l’excitation (parlait-elle vraiment que du Père Noël en fait ?). Attention, quart d’heure « vieille réac » en approche : je voudrais qu’on prenne plus de temps pour faire bien les choses, quitte à en faire moins. Quand je me précipite (je peux tomber), je commets forcément des erreurs et donc je dois recommencer. Donc je perds du temps. Donc, laisse-moi deux heures de plus pour répondre à ton mail et, en plus de ne pas avoir à discuter du beau temps juste pour faire croire que tu es bien élevé, tu auras une réponse structurée et intéressante.

Mais je sais aussi que je fais partie du problème. Quand j’ai besoin d’une réponse, ça m’agace de ne pas la voir arriver à mon rythme. (Mon sens du rythme, on le sait, a toujours été un point faible.) Et puis, même si on a tous tendance à écrire « Je suis à votre disposition si besoin », on devrait savoir que ce n’est qu’une formule de politesse. Je ne devrais pas attendre d’un restaurant à qui je demande un devis une réponse 10 minutes après mon mail quand je leur ai écrit en arrivant au bureau. On n’a pas tous le même rythme.

Quand je disais que ça a contaminé la vie perso, je me suis rendu compte que c’était pire que ce je pensais. Je suis une adepte des cartes postales. Je trouve ça cool d’envoyer des petits mots gentils à mes proches sur fond de coucher de soleil violet sur l’horizon de Palavas-Les-Flots. Lors de mes dernières vacances, quand j’ai posté les cartes, je me suis surprise à attendre des messages de remerciements … le jour-même ! Mon cerveau est trop habitué à l’immédiat. Il ne comprend plus le principe de La Poste (alors que j’y ai fait mon stage de 3eme – true story !)

Parfois, je rêve un peu de déconnecter, de faire comme ces chercheurs qui ont voulu prouver qu’on pouvait toujours être efficace même sans être ultra-connectés. Ils ont laissé les smartphones, ont rebranché leur téléphone fixe et consultent leurs mails et autres réseaux que lorsqu’ils sont devant leur ordi. Ils font leur travail, ils voient leurs amis (qui ne peuvent plus les planter au dernier moment à moins de connaître le numéro du bar), ils assistent aussi à des visio mais sans avoir ce frisson mi-excitation mi-angoisse de la notification « tu as bien eu mon mail ? » Et je me dis que quelque part, ça doit être reposant. Ils ont imposé leur rythme et ne subissent pas celui des autres (à part avec le fameux mail passif agressif de « Sauf erreur de ma part, on avait convenu d’un rendu hier soir »). Ils sont plus concentrés, ils sont donc plus efficaces. Bravo à eux.

Bref, j’ai envie de ralentir mais pas que les autres puissent le faire quand moi j’ai besoin d’une réponse. Mais avec mon sens du rythme, on risque bien de tous s’emmêler les pieds…

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