Il m’est arrivé récemment quelque chose que je n’aurais pas cru possible dans cette dimension. J’étais dans un cours de sport qui s’appelle pompeusement « Total body conditionning » mais qui est en réalité un cours de step et renforcement musculaire. Mon sens de la coordination étant ce qu’il est, je faisais au mieux pour suivre la chorégraphie (= ne pas tomber) et là, le prof passe derrière moi et dit au mec qui s’était fait avoir par le nom du cours « pas comme ça ton pied, regarde ta camarade devant toi ». Passons sur le fait que manifestement ce prof se pense être la réincarnation de Lénine en jogging. Le vrai truc improbable est surtout que j’ai été prise comme exemple et au premier degré ! Je n’en revenais pas. Ce n’est pas de la fausse modestie, je me connais, j’ai des qualités mais le sens du rythme n’en fait clairement pas partie. Et au regard de mon « camarade », que j’ai pu apercevoir grâce à tous les miroirs de la salle, lui non plus ne s’en remettait pas.
Il n’empêche que ça m’a fait me pencher sur toutes ces choses qu’on n’aurait jamais imaginées possibles mais que la vie a décidé de nous faire vivre quand même. Qui aurait cru, il y a 15 ans, que je serais aujourd’hui associée à la tête d’une boite reconnue dans son (tout petit) domaine ? J’étais plutôt bien partie pour ne pas prendre trop de risques et faire mon petit bonhomme de chemin (jolie expression oubliée, non ?) dans un schéma un peu plus classique que l’entreprenariat.
Cette vie qui m’a fait passer il y a quelques semaines, une soirée entourée de gens que je ne vois normalement qu’à la TV ou sur mon fil instagram. Tu es là à boire un cocktail dans un lieu prestigieux et tu fais la bise à un chroniqueur d’une émission que tu suis. Je sentais mon esprit prendre de la hauteur, regarder ma petite personne depuis le lustre en cristal et exploser de « mais qu’est ce qui se passe là ??? ». Rassurez-vous, j’ai su me tenir, je n’ai pas demandé d’autographe (vraiment pas mon genre) et personne n’a vu que j’étais en train d’halluciner.
Après, il y a aussi de l’improbable qui devient « probable » avec le temps. Par exemple, le moi d’il y a un an crierait au scandale s’il savait que je suis présentement en train d’écrire cette chronique avec des airpods. Attention, pas les miens, je ne suis qu’en phase de test. Mais j’y songe. Oui, 3 ans après tout le monde. Oui, après avoir dit que c’était ridicule. Je suis de ceux qui râlent contre les innovations sous prétexte qu’on a déjà tout ce qu’il faut et que ce n’est que du marketing. Mais quand tu t’es emmêlée 147 fois dans ton écharpe et ton sac avec tes fils d’écouteurs, ou qu’ils se sont accrochés dans une poignée de porte, t’arrachant, par la même occasion, la moitié du tympan (et de ta dignité), tu te dis qu’il y avait peut-être une bonne raison de les inventer. Il m’a juste fallu plus de temps que les autres pour y adhérer. Pour une fois que je suis en retard…
C’est comme les messages vocaux. Le nombre de vannes que j’ai pu faire sur les gens qui ne prennent pas le temps d’écrire, qui sont là à parler tout seuls dans la rue en tenant leur micro… Aujourd’hui, pas une journée sans que j’en fasse un (qui commence inexorablement par « bon, ben, flemme d’écrire… »). Et je me dis, en plus, que c’est encore mieux pour faire passer les émotions, qu’on n’a pas la double lecture de l’écrit, que la technologie c’est ça aussi… Bref, je suis une boomeuse ! J’adopte ce qui me paraissait improbable il y a encore quelques temps, en me justifiant sans qu’on me le demande.
Finalement, l’improbabilité n’est peut-être juste qu’une question de timing. Des choses qui nous paraissaient complètement folles sont aujourd’hui sur le point de devenir normales. (N’aurais-je pas énoncé le principe même de la science-fiction, en fait ?) Donc peut-être que, dans quelques semaines, je trouverais ça parfaitement normal de m’enthousiasmer de mon nouvel aspirateur… Oui, vous avez bien lu. Improbable, non ?
