Chronique de compét’

Je n’ai jamais compris le principe de la compétition. Tout ça me dépasse.

Et ce, depuis longtemps. Alors que j’étais inscrite à la gym dans ma plus tendre enfance (et donc que le grand écart n’était pas encore un vague souvenir), toute de rouge vêtue dans mon justaucorps à paillettes, je ne comprenais pas pourquoi il fallait que je montre que j’étais meilleure –ou pas- qu’une nana dans un justaucorps bleu qui allait faire les mêmes sauts que moi. Pourquoi ? Qu’est ce que ça nous apportera à elle et à moi, alors qu’on ne se connaît pas et qu’on ne se reverra jamais de savoir que l’une des deux est meilleure que l’autre à l’enchaînement des pas chassés ?  

Un peu plus tard, je faisais un sport de combat, et j’adorais les entraînements. J’avais une quinzaine d’années, j’étais bien consciente et le prof aussi que les JO je ne les verrai que de ma télé. J’avais toujours dit que je venais là pour le loisir, pour me dépenser, je ne l’avais jamais caché. Et pourtant, la dernière année où il m’a vue, il m’a imposé de participer aux compétitions. Mais en plus, loin de moi l’idée de remettre en cause ton intelligence Grand Maître mais tu te doutes bien qu’une ado à qui tu imposes quelque chose, elle ne va pas donner le meilleur. Bingo, j’ai fait dégringoler les stats du club. Pour la psychologie, faudra repasser…

Je comprends l’idée de vouloir se dépasser, d’apprendre, de vouloir être meilleur que ce qu’on a pu être. La décence (et le manque absolu de souplesse) m’empêche de mettre un justaucorps pour refaire un grand écart mais si je le faisais, ce serait pour me prouver que je peux évoluer. Pas pour montrer à Justaucorps bleu, que je peux le faire.

Je n’ai juste pas envie de me définir par rapport aux autres.

Malgré tout, ça doit être inscrit un peu dans l’esprit humain. Oui, à une certaine époque, tu devais être le plus rapide à la course si tu ne voulais pas te faire croquer le fessier par un carnivore enragé. (Je parle de la préhistoire, pas du droit de cuissage…)

Ce qui fait que je me surprends parfois à rentrer dans le jeu de ces gens que je ne comprends pas. Généralement, tu commences à discuter et tu sens bien que le gros lourd en face de toi veut te montrer qu’il est important, plus que toi, évidemment. Et bien que j’essaie d’être la meilleure version de moi-même et que le Matthieu Ricard dans ma tête soit en train de s’égosiller que je perds mon temps, il y a un moment où je craque et je rentre dans le jeu. Je bâillonne – virtuellement, bien sûr – le bonze avec sa toge et je fonce dans le tas.

Comme cette fois où ce pauvre type veut se sentir le coq de la basse-cour et explique qu’il a un bu un café dans ce super resto et que, si tu as les moyens (condescendance 2000), tu devrais y aller, juste pour l’expérience. Il en fait des caisses sur le fait que c’est important de profiter des bonnes choses de la vie et là, il te dit : « mais, tu connais quand même le nom ? » Là, je sais que je devrais juste dire oui, sans plus, mais bim, pas de pot Pierrot, oui je le connais ce resto et j’ai même la chance d’y avoir mangé. Et je n’avais pas l’intention de te l’envoyer en pleine face mais ton monologue de 15 minutes où tu t’es tellement écouté que tu aurais presqu’une envie de clope après l’amour a réveillé le peu de compétition que j’ai en moi. Donc je réponds un truc du genre « Oui, je connais, j’y ai mangé mais ne t’inquiète pas, j’ai aussi pris un café à la fin du repas. Tu devrais essayer la prochaine fois. »

Comme le pauvre type qui se met à côté de toi au feu et qui veut démarrer plus vite pour te montrer qu’il a une âme de pilote. Je devrais le laisser faire, lui et son cerveau de Schumacher après l’accident, mais certaines fois, je ne peux pas m’en empêcher et je démarre sans qu’il ait eu le temps de regarder son faux aileron dans le rétro de sa golf tunée.

C’est nul, je déplore ce genre de comportements (et les golfs tunées) mais parfois, mon instinct de Madame Pierrafeu se réveille et je dois courir plus vite. En plus, il y a une très sincère voix dans ma tête qui pense que de se prendre un taquet là où ils pensaient pouvoir faire le paon, ça les forcera à réfléchir avant de refaire la roue.

Mais du coup, ne serait-ce pas, dans ma tête une compétition contre les gens en compétition ? On fait des maths et on dit que moins par moins, ça s’annule ? Vraiment, (attention c’est la partie « j’ai lu 3 livres de développement personnel »), je suis persuadée que la compétition n’apporte rien. D’un côté, on t’explique que chacun est unique, qu’on est tous fait de notre histoire, de notre personnalité, de notre passif, et d’un autre, il faudrait qu’on se compare en permanence pour savoir qui sera le meilleur. Je n’ai pas encore décidé si je trouvais ça triste ou pathétique. Je n’ai pas besoin de savoir qui pisse le plus haut. En plus, je ne suis vraiment pas souple, j’aurais du mal à gagner !

Bref, je comprends qu’on puisse avoir envie de ressembler à quelqu’un qu’on admire et donc qu’on veuille s’y comparer mais pas qu’on veuille être mieux que l’autre. Ces petites guerres d’égo devraient rester personnelles, comme les choix religieux ou les opinions sur l’héritage de Johnny.

Sur ce, je vous laisse, je me suis inscrite à un concours de la plus belle terrasse de la ville et je dois aller arroser mes géraniums. Hors de question que Tatie Danielle du 2ème la gagne cette année !

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