Chronique bien élevée

Qui connaît l’adage « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » ?

J’ai grandi avec !

Et avec tout plein de principes qui faisaient que mes parents collectionnaient les « oh la la, elles sont vraiment bien élevées vos filles » comme des images. Depuis petite, j’entends des « on ne coupe pas la parole », « enlève les mains de tes poches », « vide ta bouche avant de parler »… Enfin, depuis petite non, ça s’est heureusement arrêté il y a quelques années déjà. Mais ça fait indéniablement partie des nombreuses voix dans ma tête.

Et cette bienséance nous vient de loin : ma grand-mère, qui aurait pu faire rougir de honte Nadine de Rothschild, m’avait expliqué qu’on sert la salade déjà coupée parce qu’on ne doit pas la couper avec ses couverts, qu’on envoie des fleurs à la maîtresse de maison la veille de l’invitation pour ne pas bouleverser sa décoration en arrivant avec le jour J et qu’on ne sort pas de chez soi sans un coup de peigne et de rouge à lèvres. (C’était avant le masque…) En toute logique, on devrait aussi sortir en ayant toujours des sous-vêtements propres et assortis afin de ne pas mettre dans l’embarras les secouristes qui voudraient nous aider s’il nous arrivait quelque chose dans la rue. Oui parce que c’est bien connu, les pompiers ont des critères pour soigner les gens et les sous-vêtements assortis sont en haut de la liste.

Alors bien sûr, je ne fais pas la moitié de ça mais j’ai toujours une petite appréhension quand je dois couper ma salade de peur d’oxyder les couverts de la personne qui m’a invitée. Pour le coup de peigne et le rouge à lèvres, pardon Mamie, ça n’est toujours pas rentré en revanche. Et pour les sous-vêtements, propres ça oui mais plus pour moi que pour un éventuel secouriste, et assortis ? J’espère juste que le bon samaritain qui viendrait me sauver la vie ne sera pas psychorigide. Ou qu’il sera daltonien au moins…

Du coup, j’ai un haut standard en termes d’éducation et j’ai beaucoup de mal à comprendre que ce ne soit pas le cas pour tout le monde. Forcément, avec une éducation comme ça, je fais partie de ces gens qui pensent que les règles sont faites pour que la vie en société soit plus facile. Et donc que tout le monde devrait les respecter. A tel point que je dis pardon quand c’est moi qui me fais bousculer ou merci à un distributeur automatique alors que c’est mon argent. Je dois avoir des origines canadiennes.

Malheureusement pour Nadine et ma grand-mère, tout le monde n’a pas leurs exigences. Irai-je jusqu’au fatidique « C’était mieux avant » ? Non. Déjà parce que je n’étais pas née donc je n’ai pas de façon de vérifier et surtout parce que je suis bien élevée mais pas une vieille réac pour autant.

Il n’empêche que je me retrouve, comme tout le monde, régulièrement face à des gens qui n’ont pas les mêmes critères pour la vie en communauté et qui donc me gênent dans ma vie de tous les jours. Sauf que mon éducation est telle que j’hésite (pas tout le temps mais ça arrive) à leur faire remarquer. Je m’en suis rendue compte cette semaine quand, lors d’une expo immersive, la copine avec qui j’étais est allée faire gentiment remarquer à une dame qui avait besoin de détailler par le menu toute sa liste de courses très fort qu’un musée n’était pas le meilleur endroit pour ça.

Ma copine magique n’a rien fait de mal, a demandé très poliment (qui se ressemble s’assemble) de parler moins fort, la dame s’est en plus gentiment exécutée mais je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que moi, je n’aurais jamais osé y aller. Alors que de savoir qu’il lui manquait des carottes pour son bœuf bourguignon m’énervait tout autant.

A partir de là, je me suis demandée : est ce que mon éducation fait que je ne veux pas empêcher cette dame d’expliquer son plan pour dévaliser Monoprix ou juste une bonne excuse pour éviter la confrontation et lui expliquer que tout le monde s’en fout du prix du papier toilette ? Finalement, elle, si personne ne lui dit qu’elle est gênante, et pas seulement parce qu’elle fait une dissertation en trois temps sur le rangement des rayons de Leclerc, pourquoi s’empêcherait-elle de diffuser son expérience de la tête de gondole ?

Bien sûr, il y a la voix de la raison qui me dit que tout peut être dit à partir du moment où c’est dit calmement (mais avouez que ce serait moins drôle si on devait utiliser la nuance…). A bien y réfléchir, je pense que souvent je me cache derrière cette bienséance plus qu’ancrée dans mes gênes pour justifier ma non action vis à vis de gens qui me dérangent. Tatie Danielle qui vocifère toute la journée en dessous de chez moi est la première témoin de mon inaction. Je ne dis rien mais je juge. Un peu comme ce que mon prof de marketing international nous avait dit des Japonais dans le cours le plus raciste et plein de clichés auquel j’ai pu assister. (Les Allemands sont hyper organisés, les Américains sont en terrain conquis, les Italiens parlent avec les mains et les Chinois disent oui à tout pour pouvoir contrefaire le produit… On se demande pourquoi il était prof et pas businessman…)

Bref, je suis bien élevée et je pense que ça m’aide dans de très nombreuses situations mais parfois, je devrais me faire violence pour bousculer ça et arrêter de dire pardon quand c’est moi qu’on bouscule.

Sur ce, je vous laisse, je dois aller me passer un coup de peigne : j’ai la poubelle à sortir.

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