Parisianisme chronique

Ce week-end, après des mois à contempler mon nouvel appartement, à en observer le moindre recoin et à découvrir chaque petite fissure (que ton œil refuse de voir avant de signer le compromis tellement tu es ébloui), le Mâle et moi avons décidé de prendre le large et de filer en Bretagne.

Quand tu vis en région parisienne, la Bretagne c’est à la fois un sujet facile pour les blagues sur le mauvais temps et l’alcoolisme mais aussi la parenthèse parfaite pour respirer le grand air. En fait, chez tous les « Franciliens » (ce mot est tellement moche…), la Province, ça réveille tous les instincts cachés de schizophrénie. Tu veux te reconnecter avec la nature tout en le postant sur Insta pour faire enrager tes potes restés dans la ligne 13.

Ça commence par le premier resto que tu te fais en arrivant. On était en Bretagne, autant vous dire qu’on a fait d’une grande originalité et qu’on s’est rué sur la première crêperie avec un nom un peu « authentique » (sous-entendre, un resto où tu n’aurais jamais mis les pieds à Paris mais là, c’est vintage, c’est mignon). Tu t’installes, il y a de la place, le serveur est sympa et à chaque fois, tu t’ébahis devant les prix, et tu ris (jaune) « ils ont dû se tromper, c’est le menu enfant ». Ha ha. En vrai, tu entends ton portefeuille crier de désespoir. Et là, commence inévitablement la discussion du prix de la vie en « région » (on est sur de la condescendance x 1000 avec cette expression) et du fait que oui, d’accord, on paie un galette complète 15€ à Paris mais notre métier, on ne pourrait pas le faire ailleurs, blabla… Tous les arguments sont bons pour rester « parisiens ». En vrai, il vaut mieux parce que dès que le serveur, pourtant bien plus souriant que chez toi, met plus de 5 minutes 30 à venir prendre ta commande, tu commences à râler, à te dire que c’est bien mignon d’avoir le temps de vivre mais toi tu as faim et que raconter son arbre généalogique au couple de petits vieux à côté ne doit sûrement pas être dans sa fiche de poste. 

Là, ton plat arrive, tu l’as donc payé moitié prix et il est hyper copieux, tu as rigolé avec le serveur (sa grand-mère a grandi à Paimpol quand même !), tu vois le soupir de la table d’à côté et tu lèves les yeux au ciel : les gens ne prennent plus le temps de vivre… Et tout le week-end, tu oscilles entre « j’adore ma vie à Paris » et « mais qu’est-ce qu’on est cons d’y rester…. »

Je ne sais pas si vous le faites, mais dès que je suis ailleurs que chez moi, je regarde les prix de l’immobilier. Je dois aimer voir mal… Evidemment, toujours le même schéma : tu regardes ce à quoi équivaut le crédit que tu t’es mis sur le dos et encore une fois, ben, tu pleures. Et puis revient ce cynisme qui te rassure « oui mais bon, ça va faire loin pour aller tous les jours au bureau. Pas sûre qu’ils aient prévu l’extension de la ligne 13 jusqu’ici »… HA. HA. HA. Donc tu te surprends à aller chercher un blackjack à gratter qui te permettrait d’acheter une maison secondaire dans le coin. Parce que, même si tu adores Paris, sa vie, ses habitants, son architecture… tu te vois parfaitement filer, un pull sur les épaules et des mocassins à gland aux pieds, le week-end dans ta résidence secondaire. Comme quoi, ça ne doit pas être si nul la vie en Province. (mais les mocassins à gland, faut pas exagérer…)

Et pour cause, tu trouves de la place partout pour te garer, les gens sont en effet moins pressés (même si parfois, qu’ils le soient un peu plus ne serait pas pour te déplaire…), il y a moins de pollution, tu vois du vert, du vrai, la vie a l’air plus simple, plus cool. Tellement plus cool en fait, que quand tu les vois se rejoindre le dimanche matin sur le port pour boire un café entre amis, tu as envie de te joindre à eux. (tu as eu le temps de les observer, la serveuse ayant mis 15 minutes à venir prendre ta commande.) Et puis tu les vois se faire la bise, comme si c’était normal, et tu te rends compte que ce geste totalement banal il y a quelques mois a disparu de ton vocabulaire corporel et tu recommences à « parisianer » : ils sont fous, et c’est nous les inconscients, ensuite ??? Toujours cette opposition…

Le week-end se termine, tu as profité, tu as respiré, tu as fini par prendre le temps et apprécier ça (après le sas nécessaire de décompression). Tu as pris ton petit-déjeuner face à la mer, dans un café où les serveurs t’ont laissé le temps d’observer le flux et le reflux qui viennent caresser les bateaux du port, ils ne t’ont apporté l’addition que quand tu l’as demandée et pas quand ils voulaient que tu quittes la table… Bref, tu as kiffé mais il faut rentrer.

Comme on avait pris le pli, on a voulu prendre notre temps et donc les petites routes. Et là, tu traverses le Mordor : ce qu’il y a entre la Bretagne et Paris. Entre 2 blagues sur l’alcoolisme, tu te rends compte que ces villes et villages ont été abandonnés, on ne leur a clairement pas laissé la chance de garder leurs habitants, les rues sont vides, un commerce sur deux a fermé, le 2ème n’étant pas de toute première fraîcheur, la façade un peu fanée. Une grande route traverse le village et ce qu’on appelle le « centre ville ». Comment avoir envie de rester là ? Comment ne pas aller chercher du travail dans la grande ville voire la capitale dans ces cas-là ? Les maisons, aux prix indécents pour nous, superbes avec une architecture qu’on essaie tous de reproduire via nos insta déco, sont en train de tomber en ruine sans que personne ne fasse en sorte de faire vivre ces coins là pourtant mignons.

Pour tout dire, je suis née et ai vécu toute mon enfance en province et une partie de moi a mal au cœur quand je vois ça. J’aimerais que les gens qui ont envie d’y rester aient de quoi le faire : du travail pas loin bien sûr, mais aussi de quoi avoir une vie sociale, amicale, une vie de village… Bien sûr, je ne suis pas rentrée par des routes traversant des bidonvilles et des villages abandonnés mais je peux comprendre que ce soit ce qu’on ressent quand on y vit. Et je trouve ça triste…

Désolée, l’iode a dû me monter à la tête, j’ai arrêté d’être cynique… Un des nombreux bienfaits d’un week-end « en région ».

Sur ce, je vous laisse, je vais aller m’entasser dans le métro pour rentrer dans mon appartement qui vaut une maison avec piscine partout ailleurs sauf ici !

2 commentaires sur « Parisianisme chronique »

  1. Je suis née à Paris j’y ai été élevée et j’y ai vécu toute ma vie et je suis en Normandie depuis presque trois ans, alors oui la vie est plus paisible mais je suis au chômage. Donc je vais probablement devoir rentrer. Et puis les musées me manquent … et ma vie sociale aussi …

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