Chronique d’un soir de match

Cette semaine, alors que nous étions en vacances à la découverte de la France, le Mâle me glisse subtilement que le PSG joue un match hyper important et qu’il ne serait pas contre (notez l’euphémisme) aller le voir dans un bar. Comme je suis une férue de sociologie (et que je ne peux rien lui refuser quand il me regarde avec ses grands yeux), j’ai passé ma soirée dans une brasserie, dos à une télé.

Mais heureusement pour moi, quand tu n’es pas fan de foot, le spectacle est beaucoup plus dans la salle que sur l’écran. Alors autant dire que je me suis régalée !

Déjà, tu entres dans une brasserie / bar dans laquelle tu n’aurais jamais mis les pieds en temps normal, couleurs criardes au mur, ambiance proche de la caricature du PMU et piliers de bar humains… Mais là, comme tu es en vacances, comme des centaines d’autres non-locaux, que c’est le seul bar du coin qui diffuse le match, tu entres avec l’esprit joyeux d’un soir de fête. Mais ça, c’est parce que toi, tu ne saisis pas l’enjeu du soir. Partout autour de toi, tu les vois à se ronger les ongles, à ne pas profiter de la soirée, à serrer les poings (et le reste) à chaque action…

Et je le sais parce que j’ai passé, telle Amélie Poulain au cinéma, ma soirée à observer tous ceux qui nous entouraient.

Déjà, tu as le couple en vacances où tu sens bien que Madame est venue accompagner Monsieur (et je ne parle pas seulement de mon cas, nous étions plusieurs). Elle va manger sa pizza et avoir le temps de faire défiler tout son fil Instagram. Le foot, elle s’en fiche, mais elle essaie de créer une connivence en balançant 2/3 remarques à Monsieur de temps de temps sur des impressions qu’elle a sur le match ou sur la soirée. Et même si tu sens bien qu’il l’aime, qu’il la respecte et qu’avant le coup d’envoi ils semblaient très amoureux, là, il va juste, plus par réflexe social qu’autre chose, ne plus lui répondre que par hochements de tête et grognements. Ce n’est pas contre elle mais il est dans le match. Chaque passe manquée, chaque occasion loupée, il la vit comme si sa propre vie était en jeu. Rien qu’en ne le regardant que lui, j’aurais pu savoir ce qui se passait dans le match. Yeux écarquillés, ongles dévastés, jambes tremblantes, tout son corps subit son stress. Il ne connait personne dans le bar, mais à chaque action qui semble bien partie, il bondit, tel un suricate, hors de sa banquette en skaï et finit par se tenir la tête entre les mains dès que ça foire. En un match de 90 minutes (95′ pour être exacte), il a perdu 3 litres de transpiration, 10 ans de vie, et un peu de dignité. Mais ça, il s’en moque. Lui, ce qui compte, c’est qu’il puisse voir (vivre) le match et que son équipe gagne. Ce n’est pas à ce moment là des vacances qu’il va sociabiliser.

A contrario de ce petit monsieur, soixante-dix ans bien tassés (lui aussi accompagné par Madame, qui malheureusement pour elle n’a pas Instagram…), qui a décidé d’entrer plus pour l’ambiance que pour le match. Le foot, il regarde presque plus par nostalgie de ses soirées entre amis à l’époque de la fac que pour l’amour du sport. Il se faufile entre les tables et trouve une chaise vide (qu’il propose d’abord à Madame, galanterie oblige) et s’installe entre les tables afin d’être aux croisements de toutes les conversations et ainsi avoir le maximum de chances d’en faire partie. Quand Madame commande un jus d’abricot (le serveur ne savait même pas s’ils en faisaient), lui répond automatiquement « la même chose » à la commande de la table à laquelle il s’est incrusté. A chaque action, il préfère se retourner pour rire au bon mot du passionné derrière lui que de connaître la finalité. Il s’essaie aux petites vannes du monde footballistique, il donne des anecdotes de match dont peu se souviennent, il rigole parfois à celles qu’il ne comprend pas mais il passe sa meilleure soirée. Il rêverait d’être un hibou pour connecter avec les gens à 360° autour de lui. En sortant de là, il aura oublié le score, l’enjeu, peut-être même l’équipe mais il aura passé une bonne soirée.

Et il aura apporté de l’historique en plus à ce monsieur venu avec son fils pour lui faire passer « une soirée de bonhommes ». Pour lui, le foot, c’est une histoire de mecs, de virilité. Si t’es un garçon, tu aimes le foot ! Les yeux rivés sur la télé, il engloutit son entrecôte frites, explique au serveur qu’il ne voulait pas de la salade dans son assiette donc qu’il a « droit » à double ration de frites, et ne propose que les plats à base de boeuf à son fils. Tu es un homme, tu manges de la viande ! Concentré sur le foot, il lancera quelques remarques qui montrent que c’est moins le sport en lui-même que la domination qu’il l’intéresse, tout ça « pour lui apprendre la vie au gamin ». Pas vraiment méchant, juste un peu rustre, il finit, parce que le match se termine bien (désolée pour le spoil), par taper dans le dos de tout le monde (le petit papi en tousse encore) et faire des blagues, même avec ceux qui étaient venus pour vanner.

Parce que oui, j’ai découvert qu’il y avait des trolls même dans la vraie vie. Forcément, on est en Province, dans le Sud-Ouest, donc on sait qu’on n’est pas entouré de fans du PSG. Mais c’est un match à échelle européenne (oui, j’ai quand même un peu suivi) et donc on supporte plus le club Français que son propre club. Mais Paris est un club qui a toujours divisé et ça, on le retrouve dans le bar avec ces 2 guignols qui passent leur soirée à balancer très fort des vannes (en plus pas si drôles) sur le niveau des joueurs, sur les actions, qui applaudissent quand l’autre équipe gagne… Heureusement (et je ne pensais pas dire ça d’une soirée foot dans un bar), les gens autour étaient plutôt intelligents, et personne n’a relevé. A tel point que quand Paris a gagné à la fin, eux-mêmes ont applaudi, ri avec les autres et félicité l’équipe.

Je pourrais passer encore beaucoup de temps à vous raconter cette bande de 4 hommes – de diverses générations – venus regarder le match ensemble et rire très fort, ces mecs qui savaient que le match aurait lieu pendant leurs vacances et qui avaient prévu de mettre leur maillot de foot dans leur valise, ce monsieur de 60 ans, aussi tatoué que les sportifs qu’il regarde, qui à la fin de la soirée devait avoir les traces de ses dents sur ses poings tellement il a eu peur, ou encore ce serveur qui aurait aimé regarder le match mais qui a passé la soirée à slalomer entre les chaises qui finissaient dans le passage pour mieux voir et à commander des assiettes de frites en extra.

Mais ce que je retiens surtout, c’est le côté « union » de tous ces gens qui ne se ressemblent pas et qui ne se seraient jamais connus dans une vie sans foot. Un joueur qui se démarque et c’est tout le bar qui vibre, un tir où tu as l’impression que tu regardes du rugby tellement le mec a tiré haut et et c’est un 5.5 sur l’échelle de Richter tellement tous tapent du poing sur la table. Et ce moment du but qui permet l’accès à l’étape suivante, c’est un raz-de-marée de joie. Ça crie, ça saute, ça rit, ça desserre les dents autour de son poing… C’est magique !

Bref, même si la proposition de base « tu veux bien qu’on aille voir le match au PMU » ne me vendait pas du rêve, je me suis bien amusée. (Attention : ceci n’est pas une raison pour me le faire à chaque match !!!)

Sur ce, je vous laisse, je vais acheter mon maillot de Choupo-Moting !

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