Chronique schizo

Souvent, je me dis que plusieurs personnes vivent dans ma tête. Et j’espère secrètement ne pas être la seule. (mais comme on est plusieurs dans ma tête, déjà, ça me rassure. ou pas)

Je passe mon temps à être mon propre avocat du diable. C’est un peu comme si mon cerveau abritait le Muppet-Show ou Les Vamps, comme deux (ou plus) voix off. C’est certainement ce qu’on appelle plus communément « le doute » mais je me trouve plus intéressante en étant habitée par 2 vieilles (marionnettes) qui commenteraient tous mes faits et gestes qu’en étant une simple personne lambda qui hésite devant le menu d’un restaurant. Après tout, Kanye West se présente à la présidence des USA, non ?

Je m’en suis rendue compte (il y a longtemps certes mais aussi) dernièrement lors de ma séance à la salle de sport. Ça faisait des mois que je n’y avais pas mis les pieds, pour les raisons qu’on connaît. Mais « reprise oblige », j’ai décidé de m’y trainer cette semaine. La goutte dégoulinante sur le front, à agiter les bras et les jambes presque de façon coordonnée sur un vélo elliptique, j’entendais le Muppet show se défouler, lui aussi : « Youpi, on reprend les bonnes habitudes, ça fait du bien de transpirer » versus « Mais comment peut-on même penser une phrase pareille : ça fait du bien de transpirer… Dans ces cas là, va dans ta voiture en plein soleil les fenêtres fermées, tu seras peut-être même contente de coller au siège » (le « pauvre fille » est inclus dans le ton de la phrase) Ça continue après la séance quand une de tes voix est ravie de sentir les courbatures arriver (après des mois sans entraînement, rien d’affolant) parce que ça veut dire que tu as bien travaillé.

Ça marche aussi dans d’autres situations, le resto par exemple. D’un côté, tu es là pour te faire plaisir, et autant se le dire, le gras, c’est le plaisir. D’un autre, tu penses à ta fameuse séance de sport de la veille et à ta balance de l’avant-veille et tu penches côté tartare & salade. Puis, ensuite, les images de L214 et tes bonnes résolutions écolo te reviennent en tête et là, tu décides que ce sera repas veggie. Avocado Toast et oeuf poché te tendent les bras mais là, tu te dis que l’avocat a traversé la moitié du globe dans un avion (quand toi, tu es enfermée chez toi, tu en arrives même à le jalouser) et que tu n’as pas envie d’encourager la mafia du guacamole… Tout ça se passe en quelques instants dans ta tête, le Muppet Show est plus excité que jamais. A tel point que tu finis irrémédiablement par l’assiette de pâtes carbonara, qui cumule tout ce que tu voulais éviter. (« C’est italien, ça fera plaisir aux ancêtres »)

Dernier épisode en date : j’ai dû dégivrer mon congél. Jusque là, l’histoire la plus inintéressante du monde. Mais quand les gens qui logent entre mes neurones s’y mettent, ça devient, en tout cas pour moi, un truc assez divertissant. Le plaisir du travail bien fait et qui avance au fur et à mesure de tes efforts avec l’impression d’être un Frison Roche du gaz Fréon versus le penchant cynique qui se demande comment on peut trouver du plaisir accroupie en pyjama, les bras dans la glace (oui, ça faisait longtemps) à gratter des mini-congères avec une spatule en bois. Et au milieu de tout ça, de petites voix qui, tel Gunther dans Friends, essaient de se faire entendre : « Est-ce que, quand tu es influenceur, tu fais une story pour montrer que tu attends le dégel ou tu caches cette partie de ta vie en prenant le risque de ne pas passer pour authentique ? » ou encore « Tu crois qu’on pourrait en faire une sculpture ? » Ce à quoi une énième voix répond : « Tu as vu comment tu dessines déjà ? Calme-toi Camille Claudel et reprends ta spatule ! »

En fait, les 2 voix principales qui m’habitent sont radicalement opposées : quand l’une est optimiste, l’autre est cynique, quand la première est volontaire, la seconde est une adepte de la flemme, quand l’une est excitée par le challenge, l’autre est prostrée en boule dans un coin, de stress, à espérer découvrir que la technique de l’autruche est finalement la seule qui vaille.

Mais ce n’est pas si grave, je crois. J’aime bien que ces (deux) voix puissent cohabiter. Le doute (pour les plus rationnels) permet aussi de se remettre en question, d’avancer différemment, de ne pas être bloquée dans un schéma et de finalement, ne pas vivre comme dans The Truman Show, où toute ta journée, ta vie seraient décidées à l’avance. Douter c’est aussi goûter le plaisir d’avoir osé prendre le risque. Donc je vais continuer à héberger le Muppet Show et si je commence à leur répondre à haute voix, là, vous pourrez vous inquiéter.

Sur ce, je vous laisse, je dois aller décider quoi regarder sur Netflix et là, autant vous dire qu’on va être nombreux à donner notre avis.

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