Chronique culinaire

Depuis quand faire la cuisine est devenu si tendance ?

Il y a quelques jours, alors que le besoin de vie sociale m’a fait répondre dans les 30 secondes à une invitation whatsapp pour un apéro entre voisins, je me suis retrouvée devant un parterre de bouchées cuisinées avec amour et hyper élaborées. Alors, quand j’ai proposé de rendre la pareille, une semaine après, je n’ai pas pu m’empêcher de tartiner, mixer, mettre dans des jolis petits plats, en imaginant être le futur Cyril Lignac… Pareil quand j’ai proposé d’apporter le dessert chez une copine et que j’ai immédiatement enfilé mon tablier pour le faire moi-même plutôt que d’imaginer m’arrêter à la boulangerie sur le chemin.

Que s’est-il passé ? Pour mon moi enfant, les gens qui cuisinaient faisaient partie de l’équipe de Caroline Ingalls : un peu ringards et qui aiment les tartes aux pommes (certains diraient que ça va évidemment ensemble). Moi, j’étais de l’autre côté, de celui de Carrie Bradshaw : le grand luxe, c’était de passer son temps au restaurant ou de se faire livrer (de toutes façons, elle a un appartement sans cuisine !)

Je ne sais pas d’où ça vient. Oui, Instagram a favorisé ça : on publie des photos de ses plats au restaurant, on s’extasie devant une nana qui a aligné 3 morceaux de banane sur un fromage blanc. Ça va encore plus loin : on diffuse des émissions à la TV de gens qui cuisinent, qui se battent pour savoir qui monte les œufs en neige le plus haut et qui passent leur temps à « revisiter » le pâté en croute et la tête de veau.

Je n’y avais jamais été très sensible. J’étais celle qui se vantait de savoir faire une mayo maison parce qu’elle ne pouvait se vanter de rien d’autre – culinairement parlant. J’étais celle qui pouvait retrouver des œufs à la coquille noircie dans une casserole parce qu’un coup de téléphone m’avait fait oublier que j’avais décidé de faire des œufs durs (fallait bien quelque chose sur quoi tartiner la mayo). J’étais celle qui se nourrissait au moins une fois par semaine de pain et de jambon.

Et puis, petit à petit, je m’y suis mise. Ça a commencé avec les « pasta parties » organisées avec des copines aussi insensibles que moi au charme du fouet électrique. Tu commences simple mais au bout d’une dizaine de soirées consécutives à alterner bolognaise et carbonara (oui avec de la crème fraîche et un œuf, ne jouez pas les puristes), tu t’aventures sur le chemin des lasagnes veggies. Jusqu’au jour où j’ai pris une après-midi entière pour préparer des petits fours pour ma soirée d’anniversaire.

J’aurais dû me rendre compte à ce moment-là que j’avais vrillé : le jour de mon anniversaire, j’ai volontairement passé la journée à touiller, saler et enfourner.

Enfin, l’apogée est arrivée avec les quelques mois passés chez moi. En tête à tête avec une pâte feuilletée retrouvée au fond de mon congel, j’ai pensé que je pourrais faire « un petit plat maison » plutôt que d’acheter tout fait. Mais attention, en cuisine comme en dessin, il y a une grosse différence entre ce que ça rend dans ma tête et une fois concrétisé. Apparemment, regarder un sachet de levure sans âge droit dans les yeux ne fait pas de tout le monde la prochaine étoile Michelin.

Malgré tout, et en dépit des dernières lasagnes maison tendance barbecue ou de muffins goût dentifrice (la faute à une menthe un peu trop dosée), je crois que j’ai fini par y prendre du plaisir. Bien sûr, je continue à me laver les mains entre chaque œuf cassé parce que je trouve ça particulièrement repoussant. Mais j’aime bien me dire que j’ai « fabriqué » quelque chose que je vais, en plus pouvoir partager.

Est-ce que je vieillis ou est-ce que tout le monde a eu ce genre de révélation récemment ? Je trouve ça très touchant que les gens qui te reçoivent aient pris du temps pour te préparer quelque chose. Plus de temps en tout cas que d’ouvrir un simple paquet de chips même pas dentelées. Donc forcément, comme je ne suis pas un monstre asocial non plus, j’ai aussi eu envie de montrer à mes convives que j’étais contente de les recevoir. Puis, petit à petit, je me suis même mise à cuisiner pour le plaisir de voir mon travail concrétisé au moment même où je le fais, pour l’agréable sensation de se sentir créative tout en suivant une recette directrice, pour la satisfaction de faire comme ces gens sur Marmiton « j’ai changé le sucre par du sirop d’érable, la farine par de la banane et les œufs par de la bière, c’était super ! » (oui bravo Michel tu as inventé une autre recette là). De plus en plus, je décide volontairement de délaisser mon plaid pour retapisser ma cuisine de farine. Et ceux qui me connaissent depuis longtemps savent à quel point cette phrase n’aurait pas pu être prononcée il y a quelques années.

Sur ce, je vous laisse, j’ai comme l’impression que ça sent le brulé vers ma cuisine.

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