Chronique de bon voisinage

Il y a un an, j’ai emménagé dans un nouvel immeuble. 10 appartements en tout, un tout nouveau monde pour moi. Je m’imaginais déjà bruncher avec les voisins pour débriefer de l’apéro de la veille. Telle une série, on serait tous devenus tellement amis qu’on aurait fini par partir en vacances ensemble, parce que la perspective de ne pas nous voir 2 semaines par an aurait été plus insupportable que celle de nous voir en maillots de bain et tongs.

J’ai de la chance : ça n’est pas arrivé ! J’ai des voisins sympas (en majorité) avec qui on fait plus que juste se dire bonjour devant les boites aux lettres. Il y a même eu quelques apéros et cafés plutôt agréables qui montrent qu’on peut vraiment bien s’entendre mais personne n’a encore osé proposer le brunch du lendemain. Et ça me convient. Je veux bien qu’on passe de bons moments autour d’un plateau de charcuterie mais je n’ai jamais eu envie de vivre dans un kibboutz (ils ne sont pas vraiment réputés pour les plateaux de charcuterie).

Il faut dire que niveau voisinage, je pars de loin. OK, petite, mes voisins étaient des moutons et il faut leur accorder une qualité : ce sont des voisins très agréables. Pas trop de bruit, plutôt discrets, toujours prêts à te dépanner d’une pelote de laine. Si tu aimes le tricot bien sûr…

Mes mauvaises expériences de voisinage ont eu lieu un peu plus tard. A la fac, comme toute bonne étudiante souriante sur une brochure, je pars en Erasmus. Joli appart dans un coin plus familial qu’autre chose mais pas loin du centre. Ma chambre a vue sur la rivière mais a surtout un accès direct à la crise d’ado de Patricia, ma voisine donc. Patricia est une ado mal dans sa peau, jusque là rien d’original, mais qui a une façon bien à elle de l’exprimer. Certains se renferment sur eux-mêmes, elle, hurle. Toute la journée. Sur sa mère qui vient la réveiller le matin pour aller au lycée. Même si, selon sa charmante génitrice, « ça sert à rien vu ce que tu as dans le crâne, ma pauv’fille ». On se demande pourquoi elle était mal dans sa peau… Elle hurle à sa mère de se taire, puis lui hurle dessus pour qu’elle revienne la serrer dans ses bras. Elle hurle quand elle revient du lycée parce que sa journée a été pourrie. Ce qui ne l’empêche pas d’appeler ses copines toute la soirée pour leur raconter – en hurlant – que sa mère est une réincarnation de Cruella. Et elle finit la journée en hurlant à sa mère que, non, elle ne veut pas dormir (alors qu’il est 1 heure du matin…) Patricia m’a permis d’apprendre à moins culpabiliser quand on faisait quelques soirées à l’appartement et surtout à considérer comme de la discrétion et donc, de la bienveillance, le fait que certains autres voisins ne répondent pas à un simple bonjour.

Quelques années plus tard, je me retrouve à chercher un nouvel appartement pour mon premier boulot, dans une charmante région près de la mer. Ville plutôt étudiante, j’ai du mal à trouver. Et par un « heureux » hasard, un contact de contact me donne le nom d’une vieille tante qui a une grande maison pour elle toute seule depuis qu’elle est veuve et que ses enfants sont partis de la maison. (il faut dire qu’à 40 ans passés, mariés et avec des enfants, il y a peu de personnes qui sont encore chez leur mère). Avant de mourir, son mari a aménagé 2 appartements au premier étage de la maison et je me retrouve donc avec un aller simple vers les années 70. Cuisine en bois bien foncé (ça aide à détruire le peu de lumière donné par la petite fenêtre), tapisserie comme on n’en fait plus (et je dis ça dans un soupir de soulagement), meubles hyper massifs pour faire croire que l’espace est bien plus petit (au cas où les impôts passent pour vérifier ta taxe d’habitation j’imagine). Je pensais le plan presque sans accro rapport au prix dérisoire que je payais mais je n’avais pas saisi que dans ce prix, une petite dame alcoolique était comprise. Bien sûr, elle était seule et triste d’avoir perdu son mari. Et les 2 appartements loués (l’autre était à un jeune, très jeune couple) lui amenaient de la vie. Mais j’ai fini par apprendre à rentrer à la nuit tombée pour qu’elle ne me voie pas. Sinon, j’avais systématiquement droit à une proposition de whisky, à une invitation à me baigner dans la piscine sous sa fenêtre de cuisine, à une demande de cours sur la façon dont on utilise « l’internet », à une plainte sur le fait que ses enfants ne venaient jamais la voir (ils étaient là tous les 2 jours). Rien de méchant, bien sûr, mais un peu envahissant. Je suis ravie qu’elle n’ait eu aucune idée de l’existence du brunch. J’ai évidemment cédé à quelques apéros où on m’a traitée de « chochotte » pour avoir demandé un jus d’orange plutôt qu’un whisky à…17H, et pendant lesquels elle m’a raconté dans le détail toute la vie de son mari mais aussi de « L’Homme du Picardie ».

Enfin, j’ai emménagé dans ce qu’on peut appeler une « barre d’immeubles », d’une typique ville dortoir de la région parisienne. Ville sympa, tranquille mais où il n’y a pas de vie « de village ». Ce qui fait que, même si tu as la même adresse qu’une vingtaine d’appartements, tu ne connais personne. Bien sûr, tu croises des gens dans l’ascenseur mais il n’y a que dans les films que tu y as le temps de découvrir ta passion commune des bilboquets antiques avec le 5ème gauche. La seule personne que je connaissais était ma voisine de palier. Au début, je ne la connaissais que « d’oreille ». Sa voix stridente qui vociférait sur son mari, sur la nouvelle femme de son désormais ex-mari, ses insultes tellement fleuries qu’on aurait pu l’inscrire à un programme de revégétalisation, tout était un bonheur. Confessions Intimes, c’est drôle à la télé, beaucoup moins dans ta cage d’escalier.

Les pompiers qui viennent te voir un samedi matin pour savoir si tu l’as vue et qui passent par ton balcon pour aller vérifier chez elle ou encore un mec qui la menace de « lui péter tellement la gueule, si elle ne lui ouvre pas la porte, qu’elle fait bien d’appeler les flics parce que c’est les seuls qui pourront te reconnaître, connasse » (je crois savoir qu’il n’était pas négociateur pour les prises d’otage)… Mais voilà, alors que j’arrivais bien à vivre parfaitement à côté de sa vie, un jour, je fais claquer ma porte et me retrouve sur le palier sans téléphone pour prévenir. L’heure qui a suivi, pendant laquelle elle m’a gardée chez elle en attendant qu’on vienne me… libérer (y a pas d’autres mots) a été une des plus longues de ma vie. Déjà, j’ai découvert qu’il existait en France des gens qui avaient vraiment acheté TOUS les Dvd de TOUTES les saisons de La Petite Maison dans la Prairie, de Madame est servie et de plein d’autres séries qui existaient avant l’apparition des DVD. Vous saviez que si on les met les uns à côté des autres, il se forme une image globale grâce aux tranches des boites ? Moi, je l’ai appris en regardant ces étagères qui m’hypnotisaient. Faut dire que c’était moins gênant de regarder ça que de la regarder droit dans les yeux m’expliquer que son mari avait couché avec sa cousine le jour de l’enterrement de son oncle…

Elle n’a – heureusement – rien à voir avec mon déménagement mais, c’était un bonus. Et ce jusqu’à ce que je découvre que mon nouvel appartement était juste au-dessus de celui de Tatie Danielle. Rien à voir sur l’échelle dite de « Zola » – sauf pour les insultes où on retrouve un certain esprit. D’ailleurs, je trouve ça dingue qu’avec seulement 10 appartements, tu arrives quand même à tomber sur ce genre de spécimens. Qu’importe la taille de la communauté où tu atterris, que ce soit du voisinage, une entreprise, une association de tricot de vitesse, tu as toujours ce même panel de personnes. Les sympas, plutôt faciles à vivre, parmi lesquels tu vas même finir par trouver des amis, les « courtois » dont la transparence est tantôt un défaut, tantôt une qualité, et les emmerdeurs.

Et c’est là le piège du voisinage : tu ne choisis pas les gens avec qui tu vas, plus ou moins, cohabiter. Tu choisis un appartement, un style, un emplacement, mais pas tes voisins. Alors qu’ils vont, surtout en copropriété, avoir un impact sur ta vie. Et il va falloir que tu composes avec eux. Tu ne peux pas déménager chaque fois que la gamine du 6ème étage organise une pyjama-party ou que le vieux du rez-de-chaussée ne plie pas ses cartons avant de les mettre dans la poubelle jaune. Le voisinage, et la façon dont tu te comportes, montrent beaucoup de toi, je trouve. A travers un regard, un bonjour non rendu ou un gentil petit mot mis pour les fêtes, tu peux rapidement savoir à quel genre de personnes tu as vraiment à faire.

Bref, après plusieurs expériences enrichissantes mais surtout chiantes, je suis ravie d’être tombée dans un immeuble avec seulement UNE Tatie Danielle. Peut-être que j’ai gagné des points de karma-voisinage en continuant à dire bonjour à Patricia quand je la croisais.

Sur ce, je vous laisse, j’ai plein de notifications en retard sur mon nouveau groupe Whatsapp : Voisins4ever.

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