Chronique rationnelle

Je suis très rationnelle. Du genre sceptique ascendant comptable. Les signes, les croyances, les phénomènes paranormaux, tout ça me laisse au mieux dubitative, et même, parfois, me font rire.

Et je sais que je suis totalement hors tendance en disant ça. Le solstice d’hiver est demain, les articles qui parlent d’écouter le cycle lunaire pour faire émerger sa féminité peuplent tous les magazines, les médecines parallèles sont les nouveaux antibios…  Bref, je me sens d’une autre époque.

Partout où je regarde, on me parle de croyances en des choses qu’on ne maitrise pas. Les énergies, la force du vent, la pleine lune. Et globalement, quand on me dit que changer la place des meubles dans mon bureau va m’aider à faire plus de business, je souris mais je reste perplexe. Pas que je pense que la personne qui me dit ça est restée un peu trop longtemps dans un bain brûlant (sauf si c’est un homard, mais il paraît qu’ils ne sont pas très feng-shui) mais parce que j’ai du mal à concevoir le lien entre un contrat signé et un bureau orienté vers l’ouest. J’ai été livrée sans la case « abstrait », je ne compte que sur les choses qui se maitrisent ou qui s’expliquent par la science.

En revanche, je n’ai aucun problème avec les gens qui y croient, qui en ont besoin, qui en ressentent les bienfaits. Et quand ces personnes sont intelligentes (je n’ai rien dit de méchant, il y a des débiles partout, rationnels ou pas), j’aime bien discuter avec eux pour essayer de comprendre ce qu’ils ressentent quand ils sont allés communier avec la nature en serrant un arbre dans leurs bras. Je crois même qu’il y a une partie de moi qui aimerait adhérer à tout cela. (Enfin, à presque tout, j’ai des limites). Je me dis que ça doit ouvrir à d’autres perspectives, permettre de nouvelles idées, engendrer des rencontres rigolotes, et comme dirait une prétendante à Miss France, faire « sortir de sa zone de confort » (l’année prochaine, je fais un jeu à boire où on prend un shot à chaque fois qu’elles le disent. A 22H, on est bourré !). Mais je fais un blocage, je crois. La voix de la raison dans ma tête dégaine son plus grand fou rire quand je réfléchis à moi en « chien tête en bas » et mon agenda se remplit bizarrement dès que je m’imagine aller voir un magnétiseur.

Malgré tout, je suis bien consciente qu’il y a des tas de choses qu’on ne connaît pas, qu’on ne maitrise pas et qu’on n’explique pas. Déjà, je ne m’explique pas pourquoi, alors que j’y suis aussi réfractaire qu’un Vegan à une soirée raclette, je reçois tous les deux mois environ un sms d’un numéro différent à chaque fois, d’une voyante qui connaît mon prénom et qui veut me prévenir d’un grand malheur. Alors, oui, rationalité oblige, je sais bien que la fameuse Esmeralda n’est pas une dame qui vit dans une roulotte et qui se dit « tiens c’est la nouvelle lune, si je lui écrivais ! » mais bien une société qui a acheté un fichier qui comprenait plus que mon numéro, et qui espère que sa phrase vide de sens réveille un truc en moi pour que j’appelle son numéro à 2,56€ la minute. Mais comment ai-je atterri dans ce fichier, là, mystère total.

Ou alors, peut-être qu’Esmeralda SARL a quelques petites infos complémentaires sur moi qui montrent que je ne suis pas le robot déguisé en humain que je veux bien montrer. Peut-être m’a-t-elle vue en train de croiser les doigts quand j’envoie un mail à un prospect que j’espère vraiment signer. Peut-être a-t-elle aussi remarqué que derrière mon apparente nonchalance, je devenais un peu plus concentrée quand je lisais un horoscope qui me concerne. Ou peut-être aussi m’a-t-elle grillée en train de sourire quand je tombe par hasard sur une heure « miroir » genre 21H21 ou, encore mieux, 11H11. Et la seule explication que j’ai à donner à ce sourire niais est une vieille croyance de cour d’école qui dit que quelqu’un pense à toi quand tu tombes là dessus. (Il paraît que selon les heures, on peut aller bien plus loin dans la signification, mais là, c’est trop pour mon esprit taille chambre de bonne.)

Alors oui, je sais, rien n’a jamais prouvé scientifiquement que croiser les doigts (voire faire une petite danse) faisait gagner des clients plus facilement, on n’a jamais non plus établi un lien tangible entre une oreille gauche qui siffle et quelqu’un qui dit du bien de vous (oui, gauche seulement) donc tout ceci devrait être complètement incompatible avec les paragraphes précédents, aussi carrés qu’un Mondrian. Comme quoi, je ne dois pas être si fermée.

Mais ce que je refuse en fait, c’est de ne compter que là-dessus. Je veux que mes doigts croisés soient juste le bonus à une proposition que personne senséer ne pourrait refuser (je ne parle que de business là), que l’heure miroir ne soit que le reflet (tu l’as ?) de gestes gentils que j’ai pu avoir dans ma journée. On a bien compris, j’ai un vrai problème de maitrise, de contrôle. Mais ça fera l’objet d’une prochaine fois. En attendant, je vais me contenter d’écouter encore plus sagement mes copines qui veulent partir dans les contrées mystiques. Et moi, je vais continuer à penser que je ne suis pas si à la masse puisque j’ai commencé à parler à mes plantes. (Elles poussent bien mieux depuis !)

Sur ce, je vous laisse, j’ai de la sauge à brûler pour aller purifier mon appartement de toutes les mauvaises ondes que ma rationalité a diffusées.

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