Chronique rebelle

Cette semaine, j’ai découvert à quel point j’étais loin d’être une rebelle ou même une aventurière. Non pas que je m’imaginais un jour poser ma candidature à Koh Lanta avant ça mais là, ça m’est apparu comme une évidence.

Il faut savoir que je respecte les règles très sagement depuis toujours. Je n’ai jamais rien volé, même pas pour le petit frisson quand tu passes devant le vigile. Ce frisson là, moi, il me parcourt le dos rien qu’à l’idée de glisser ce paquet de chewing-gums dans ma poche.  Je reste dans les clous, je n’écris pas dans la marge, je souligne en rouge quand on me le demande et je mets toujours les fourchettes à gauche, les couteaux à droite. Au réveillon, on était 7 et pas 6 : toute la soirée, je me suis demandée dans quel placard on cacherait le 7eme si les flics venaient sonner. Dans le contexte, respecter les règles, c’est même plus qu’une philosophie, c’est aussi le moyen de ne pas claquer ton PEL.

Or, cette semaine, un matin, très tôt, je dois prendre le train. Comme je n’aime pas être en retard, encore moins pour un train, je prends le taxi avant la fin du couvre-feu. (c’était justifié, mon train partait à 6H20) Evidemment, comme quand les chats ne viennent que sur ceux qui ne les aiment pas, moi, on me repère la seule fois où je suis une hors-la-loi.

La police a repéré le uber dans lequel j’étais. Premier feu, mon chauffeur les double en accélérant (dans le genre discret, on a connu mieux). Deuxième feu, ils se mettent donc à notre niveau. Et là, petit coup de gyrophare. Dans ma tête, c’en est fini, je suis cuite, et en plus je vais louper mon train. J’avais mon attestation, mon billet de train et des milliards de bonnes raisons d’être dehors. Mais s’ils m’avaient demandé pourquoi, je pense que j’aurais bafouillé un truc du genre « je vais prendre le train, je m’occupe de ma mère qui n’a pas de garde d’enfants, c’est professionnel et je vais acheter du lait. » Le feu passe au vert (un peu comme mon visage), le chauffeur accélère (un peu comme mon rythme cardiaque) et là, troisième feu. Ils se remettent à côté de nous et là, lampe torche dans les yeux. Enfin, ils ont essayé. Car c’est le moment où tu retrouves ton réflexe de 4èmeC quand Mme Pialet interrogeait la classe sur une déclinaison en latin et que tu étais persuadée que si tu ne la regardais pas, elle ne te verrait pas. Là, dans ma tête c’est la fin, je me vois déjà avec un casier, et donc l’impossibilité de devenir avocate. Ok, je n’ai pas prévu de devenir avocate mais je voudrais me laisser la possibilité si un jour j’en ai envie.

Heureusement mon chauffeur se prend pour un pilote de rallye et a bien noté, derrière mon masque, la sueur qui coule de mes yeux. Le feu n’est pas encore complètement vert qu’il a déjà enclenché la seconde et a filé sur le périph. A ce moment-là, j’ai l’impression d’avoir réussi à passer la frontière entre Gilead et le Canada. Je me suis vraiment dit « c’est bon, je suis dans la foule, on est sauvé ! » Oui, j’ai pensé « sauvé » alors que clairement, au pire, je paie une amende et je repars. On ne va pas me guillotiner parce que je me lève tôt pour prendre un train. (je ne suis pas toujours si rationnelle finalement…)

Avant cette histoire, j’étais déjà lucide, mais maintenant, je peux dire en toute honnêteté, que je fais partie de la team des « planqués ».  Pas de gène de super-héros ou de maquisard dans mon ADN, je suis de ceux qui ne font pas de vague. J’ai toujours pensé que si les gens respectaient tous les règles, on n’aurait pas besoin de flics ou de contrôleurs dans le train. On arrêterait de dire aux gens dans le métro de ne pas « tenter les pickpockets » quand clairement le problème ne vient pas de gens qui tiennent leur téléphone à la main (sauf quand ils sont en pleine conversation vidéo sans écouteurs) mais de ceux qui pensent que c’est une invitation à le prendre et à partir en courant avec.

En revanche, je suis aussi assez consciente du fait qu’il faut quand même que certains bravent les interdits quand ils ne sont pas justifiés. Quand il y a des abus. Qu’on se lève contre les injustices. Ces gens-là, qui n‘écoutent que leur courage et leurs convictions (et pas leur tensiomètre qui explose) pour défendre des valeurs auxquelles ils croient, je les admire. Et ils sont nécessaires pour éviter des dérives. Avec des gens comme moi, les khmers rouges se seraient vite ennuyés.

Mais les événements de la semaine m’ont prouvé que je n’étais pas prête de changer. Au pire, je vais me faire une petite attestation pro pour rentrer du bureau après 18H mais ne comptez pas sur moi pour un apéro.

Sur ce, je vous laisse, il faut que j’aille m’acheter un T-shirt avec le Che : je crois que c’est le signe de ralliement de tous ceux qui aimeraient être des révolutionnaires…

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