Chronique bordélique

Au grand dam de ma mère et de Marie Kondo (deux personnes distinctes, bien qu’on ne les ait jamais vues dans la même pièce en même temps), je suis plutôt bordélique. J’aimais penser que j’étais juste un peu désorganisée mais non, je suis bel et bien bordélique. La pile de fringues qui trainaient dans ma chambre depuis une semaine, contrairement à moi, ne ment pas.

Et pourtant, je suis assez d’accord sur le fait qu’il n’y a rien de plus agréable qu’un appart rangé où chaque paire de chaussures est dans le placard, où chaque casserole qui a fini de sécher n’erre plus sur l’évier, où chaque chargeur de téléphone non utilisé est entouré de ses congénères dans une boite à chaussures réhabilitée. J’aime mon appart rangé, j’aime mes vêtements alignés sur des cintres mais j’aime encore plus ce mensonge à moi-même qui me fait croire que « juste pour ce soir, je mets mes vêtements sur le fauteuil, je les rangerai demain matin ».  

Généralement, cette phase de déni (ou d’optimisme diront les plus sympas) arrive quand même quelques jours après le grand tri. On est samedi, jour du ménage paraît-il, et après avoir erré devant mon bol de céréales et Netflix, je me lance. Poussière, aspirateur, toilettes, cuisine, paroi de la douche… tout y passe. Quand je suis lancée, il ne faut pas que je m’arrête mais ça avance bien. Une douche pour finir tout ça (le seul jour où tu penseras à passer la raclette d’ailleurs) et je passe le reste de la journée à admirer mon appartement en me disant que quand même, ça n’a pas pris tant de temps et que c’est quand même bien agréable.

Passe la semaine et le samedi suivant arrive sauf que ce week-end là, tu décides que tu vas aller faire le marché, ou tu as d’autres projets ou même juste une énorme flemme. Et là, c’est le début de la fin. Même si tu réussis à trouver 10 minutes dans ton week-end pour passer l’aspirateur, tu ne fais pas tout le reste et, la semaine défilant, tu as l’impression de voir ton appartement devenir insalubre sous tes yeux. Et le pire, c’est que tu finis par ne même plus faire semblant : le plaid du canapé reste en boule à son pied le soir plutôt que de simplement le plier, la vaisselle reste sur l’évier jusqu’à ce que tu la réutilises, les fringues sèchent sur le tancarville (j’ai toujours rêvé de placer ce mot) si longtemps qu’il faudrait peut-être les relaver à cause de la poussière qui a dû s’y accumuler…

Heureusement, tu retrouves la raison (et la peur de choper une maladie). D’un coup, toute l’énergie des souris de Cendrillon s’empare de ton être et tu briques jusqu’à pouvoir participer à un épisode de cette émission où les gens jugent les chambres d’hôtes (et vont jusqu’à vérifier sous le matelas s’il ne reste pas un vieux poil de Gérard, venu passer un week-end dans le Perche en 1996 – qui fait ça dans la vraie vie ? soulever le matelas, pas le week-end dans le Perche) Et c’est reparti pour un tour.

Mais la vraie question, c’est pourquoi tu ne pourrais pas juste faire en sorte de tout le temps faire attention plutôt que d’avoir à passer 2 heures intenses, la tête dans le Cif ? D’ailleurs, est ce que la satisfaction serait la même si le ménage était quasiment tout le temps fait, si tu ne pouvais pas te sentir soulagé au bout de ta séance de ménage d’avoir encore une fois réussi à ne pas t’entailler la plante des pieds avec une miette aiguisée ? N’est ce pas plus gratifiant de voir vraiment la différence, de passer de cet état de « Oh my God, j’espère que les voisins n’auront pas besoin de venir m’emprunter du sucre » à « allez-y, c’est portes ouvertes mais enlevez vos chaussures surtout ! ».

Parce que, oui, c’est le pendant de cette satisfaction immense que tu ressens : n’importe qui vient perturber ce havre de propreté en enlevant ses chaussures deux mètres après l’entrée, en posant la baguette et sa farine sur la table ou en laissant un sac de courses dans la cuisine et pas dans son tiroir et c’est le drame. Tu as envie de hurler : « mais tu ne vois pas que j’ai fait le ménage, quand même ? » alors que c’est quand même la seule bonne raison de laisser trainer : un jeu des 7 différences digne d’un album pour 3-6 ans !

En relisant ce que je viens d’écrire, je me rends compte qu’il faut que j’apporte plusieurs précisions :

1 / même si j’écris à la première personne, je ne suis pas la seule à faire le ménage dans cet appart, loin de là (et je ne dis pas ça parce que je sais que tu lis 😉 )

2 / bien sûr, tout a été un peu exagéré pour apporter du romanesque, du comique ou de l’effet dramatique, appelez-ça comme vous voulez. Pas la peine donc d’envoyer une de ces émissions voyeuristes où on explique aux gens qu’il faut descendre ses poubelles ou même un dératiseur. (Maman, tu peux re-respirer)

3 / j’ai malgré tout des limites : pas de nourriture qui moisit (et encore moins de nourriture, en décomposition ou non, dans la chambre), globalement pas de déchets qui trainent …

Bref, je fais partie de ces gens qui le pensent vraiment quand ils disent « pardon pour le bordel, on ne pensait pas recevoir ce soir » et pas ceux qui te disent ça alors que tu vois ton reflet dans leur parquet ! Mais je connais la satisfaction de m’émerveiller de nouveau devant la vue la fois par an où je fais les vitres (voir point 2 du paragraphe précédent, Maman !)

Sur ce, je vous laisse, je vais chercher mon aspirateur après avoir vu la vie qui se développait sous mon canapé.

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