Chronique de collection

Tout est parti d’une discussion aménagement de l’appartement. « Et si on déplaçait cette cloison, on pourrait mettre un meuble bas pour ranger d’autres livres, non ? » Et là, tel un dessin animé, un point d’interrogation s’est dessiné sur mes rétines. Pourquoi avoir besoin de plus d’espace pour ranger des livres ? On a une belle bibliothèque, pleine de livres déjà lus, pourquoi en ajouter ?

Parce que, oui, j’adore lire, je fais partie de ces gens qui en ont toujours un stock d’avance et qui continuent à trainer à la librairie mais une fois lus, je n’ai pas besoin de les garder. Certains peut-être mais si ça ne tenait qu’à moi, la grande majorité pourrait repartir chez leur éditeur sans que ça ne me dérange. Mais d’autres personnes ont besoin de garder, d’accumuler, de collectionner. Attention, je ne juge pas, j’expose juste un fait, je connais plein de collectionneurs et je les aime tout autant.  Car oui, c’est parti des livres, mais ça existe pour tout. Et il y a, je crois, deux sortes de collectionneurs à distinguer : celui qui a une passion, aussi inédite soit-elle et qui veut tout avoir, n’est pas (forcément) le même que celui qui ne veut rien jeter.

En termes de passion, on a tous eu des gens, dans une soirée, qui nous réclamaient le petit machin en métal sans nom qui tient le bouchon de champagne pour une cousine qui les collectionne. Et là, je dois dire que mon cerveau buggue. Déjà, que tu veuilles garder un « souvenir » des soirées que tu fais et que ça se matérialise par une capsule en métal, ça me laisse perplexe. J’imagine ces gens, plongés dans leur boite à chaussure pleine de « plaques de muselet » (on peut s’instruire aussi) et se dire « oh la la, ça c’est celui du nouvel an 1998, tu te rappelles, c’est quand Roger a vomi ses haricots verts, qu’est-ce qu’on avait ri ! ». Pourquoi ? Si tu veux vraiment te souvenir de ça, tu as un cerveau, ce n’est pas une rondelle de métal rouillé qui va t’y aider vraiment.

Mais alors, qu’on demande à récupérer ce déchet (parce que globalement, c’est ce que c’est !) pour quelqu’un qui n’était même pas à la soirée, c’est au-delà de mon entendement. Alors, certes, ces gens ne font pas de mal mais font-ils du bien ? Et puis soit, imaginons qu’on lui donne tous nos bouchons à Huberte la cousine chelou, que va-t-elle faire le jour où elle les aura tous ? Qu’à chaque fois qu’on lui en apporte d’une soirée où elle n’était même pas invitée, elle se rende compte qu’elle n’a plus que des doubles. Est-ce que ce n’est pas la fin de sa vie ? Elle n’a plus de but, plus d’ambition. Et même, allons plus loin, si la ville de Reims l’appelle pour acheter sa collection incroyable et l’exposer dans le musée du Champagne, aura-t-elle vraiment fait ça pour tout vendre à l’aube de sa retraite ? Toute cette vie passée à ramasser les souvenirs des soirées des autres sera balayée par quelques centaines d’euros ? On l’aura compris, la collection pour la collection me laisse vraiment perplexe, mon cerveau n’est pas équipé pour comprendre.

Et puis, il y a ceux qui n’aiment juste pas jeter. D’un côté, on peut les remercier. Ce sont les gens qui vont passer 2 jours plongés dans leurs boites de confitures vides pour te ressortir la vis à 4 côtés dont tu avais besoin pour terminer l’installation de ta console d’entrée, ou le papier qu’il fallait pour en finir avec l’administration. Ils sont un peu nos clouds vivants. Et c’est assez pratique. Mais quand même, pour eux, est-ce vraiment une vie ? À un moment, ton cerveau se brouille forcément et la limite entre le « ça peut toujours servir » et le « non, définitivement, ça, jamais ça ne sera utile à personne » s’atténue jusqu’à l’effacement total. C’est humain, tu auras toujours l’impression que cette vieille enveloppe usagée, si tu l’ouvres en 2 et que tu coupes la partie plastifiée, tu pourras t’en servir pour une liste de courses le jour où justement tu devras écrire « bloc-notes » dessus.

Mais on ne se rend pas compte de la charge mentale que subissent ces « au-cas-où-tistes » ! Leurs garages sont pleins de vieux clous qui ont eux-mêmes développé le tétanos, les tiroirs vomissent de stylos qui n’écrivent plus mais qui pourront faire office de trachéotomie si jamais le petit avale une abeille (le Dr Ross l’avait déjà fait dans Urgences) et les cuisines succombent sous les boites de glace qui pourront un jour servir de tupperwares. Merci à tous ces gens-là de dépanner les gens comme moi qui ne sont pas aussi prévoyants mais pensez à votre santé mentale avant tout et on mettra les pâtes qui restent dans un bol, ne vous inquiétez pas ! Parce que ceci est le début du chemin qui emmène à vivre dans une déchèterie…

Bref, je m’imaginais vraiment comme quelqu’un qui ne collectionnait pas, qui ne comprenait pas ce besoin d’accumuler. Et sur plein de choses, c’est plutôt vrai. Et puis, sur ce, quelqu’un qui me connaît bien m’a demandé d’ouvrir mon placard à chaussures…

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