Chronique bruyante

En discutant avec quelqu’un que je n’avais pas vu depuis longtemps, je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule dans mon cas : j’ai un problème avec le bruit. Enfin, avec LES bruits devrais-je dire. (et DES problèmes si j’étais honnête aussi…)

La vérité, c’est que depuis qu’on a été enfermé avec pour seul bruit les oiseaux et le tou-doum de Netflix, c’est encore pire. Parce que, oui, si je dois être totalement franche, ça existait déjà avant. Je ne parle pas des bruits que personne ne supporte comme la craie sur le tableau ou la petite voisine qui apprend le violon. Ça, c’est niveau amateur. Non, j’en étais déjà au stade au-dessus. Entendre quelqu’un mâcher peut me rendre hystérique, mais que cette personne essaie de retirer une feuille de persil coincée entre ses dents avec sa langue et déjà je m’imagine lui retirer chaque molaire avec une pince rouillée. Le bruit de quelqu’un qui traine des pieds derrière moi quand je marche et je suis en lutte avec moi-même pour ne pas me retourner pour lui écraser les orteils avec mes talons aiguille et lui montrer tout l’intérêt de lever les pieds.

Et puis après cette période faste de silence généralisé, on a dû retourner à la vraie vie, bruyante, celle où la police met sa sirène pour passer les feux rouges (je ne dis pas que ce n’est pas toujours justifié et oui, je sais, je serai bien contente le jour où j’en aurai besoin mais ça fait quand même du bruit), celle où le camion de poubelles passe tous les jours avec son bip-bip de recul (pareil, je suis bien contente qu’on ramasse mes poubelles mais faites-le en marche avant !), celle où des gros beaufs parlent au téléphone en haut-parleur alors qu’ils sont dans la rue et seuls… Et j’ai réalisé que j’avais vrillé.

Des enfants qui jouent dans l’impasse, je me force très fort à penser « oh c’est tellement cool qu’on vive dans un endroit où ils peuvent le faire tranquillement » (ce qui est vrai) pour faire taire la petite voix qui a envie de leur hurler de jouer au roi du silence. (Faut dire que leurs petites voix sont particulièrement aigües quand même). Ma voisine d’en dessous qui beugle sur son mari (si, c’est le mot) qu’il est « aussi con que sa mère et aussi moche que cet appartement » et je fais celle qui rigole plutôt que de lui envoyer les coordonnées d’une thérapie de couple. Ou d’une agence immobilière à 980KM de là… Ou celui du dessus qui prend son balcon pour une cabine téléphonique où il passe des heures à parler transferts de foot, paris en ligne et fléchettes. Il est sûrement sympa (je ne le connais pas) mais dans ces moments-là, je sais exactement où je pourrais lui mettre, ses fléchettes !!!

Donc j’ai découvert le bienfait des écouteurs qui atténuent le bruit ambiant et des playlists instrumentales. J’ai aussi appris qu’on était pas obligé d’avoir du son partout tout le temps. Et que ça permettait de mieux apprécier quand on décidait d’en mettre. D’où mon envie croissante d’aller en boite et de me défoncer les tympans au son de l’electro ! Oui, ça peut paraître contradictoire mais ça ne l’est pas : ce sera du bruit que j’ai décidé de subir et ça, ça change tout.

Enfin, il y a une dernière catégorie de bruits que je supporte mal : ceux qui gênent les autres. Mais là, ce n’est pas une question de décibels mais plutôt d’éducation. La télé à fond (et si c’est pour regarder Hanouna, sache que je te juge doublement), les talons sur le parquet, l’épilateur à minuit dans un immeuble mal isolé (je sais qu’il peut y avoir des urgences mais quand même), l’éternuement qui fait trembler les murs et sursauter les voisins… Et ces bruits-là peuvent arriver chez moi, de ma part parfois. J’en suis presqu’aussi gênée que ceux à qui je le fais subir. J’ai encore des frissons en pensant à mon nouvel an qui a fini par la Compagnie Créole à 4H30…

Donc forcément, je ne comprends pas ces gens qui, eux, semblent ne se rendre compte de rien, qui n’envisagent même pas que leur conversation à très haute voix dans la file de la caisse n’intéresse déjà personne mais surtout gêne tout le monde. Ces gens qui sont là, fiers comme des corbeaux le long de l’autoroute, et qui estiment que c’est bien normal de faire profiter tout le monde de leur choix de programme télé, les bras chargés de boites de conserve.

Bref, j’en arrive à rêver sérieusement de retraites dans un monastère pendant une semaine tellement j’ai vrillé. Et puis, je me rends compte qu’il faudra aussi que j’arrête de parler et là, ça devient plus difficile.

Sur ce, je vous laisse, c’est l’heure de mon cours de flûte. Mais pas de panique, elle a été remplie de papier pour ne pas faire de bruit.  

3 commentaires sur « Chronique bruyante »

  1. J’avoue être un peu comme toi concernant le bruit : j’ai l’impression d’avoir un seuil de tolérance très bas à ce sujet… Et c’est pas forcément des bruits forts, mais des bruits agaçants, répétitifs, etc.
    Exemple idiot (qui prouve que ça va vraiment pas dans ma tête ^^) : les jingles de la chaîne W9. Le jingle pub où on entend un cri, ceux qui passent entre chaque bande-annonce où on entend des soupirs… Mais qu’est-ce que c’est que cette manie de nous faire entendre des bruits humains ? On en entend pas assez comme ça au quotidien ? Comme dirait le père Blaise, « ça me bousille les esgourdes » !

    Sur ce, je vais prendre mes cachets et enfiler ma camisole, sinon les monsieurs en blouses blanches vont encore s’énerver et m’enfermer dans la chambre aux murs tout mous…

    Aimé par 1 personne

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