Chronique d’un trajet en taxi

Hier soir, pour rentrer d’une soirée entre copines où on avait déjà bien refait le monde, j’ai pris un taxi. Y-a-t-il une catégorie de personnes sur cette planète qui peut dire « j’ai autant d’avis sur tout que les taxis » ?

Évidemment, ils côtoient un bon nombre de gens différents et pourraient avoir une vision très globale de l’état de la société mais pour cela, il faudrait qu’ils laissent parler les gens, pas qu’ils leur imposent leurs avis. Et tu as beau montrer que tu n’as pas spécialement envie de parler, lui, n’a pas les codes (mais le code, oui… je devais la faire…) et va enchainer dans son monologue… Comme s’il transportait le Président, il va donner son avis sur tout ce qu’il se passe en espérant pouvoir infléchir la politique globale.

Et en ce moment, avec le contexte, il a presque peur de ne pas avoir assez de temps en 15 km pour te dire tout ce qu’il a sur le cœur.

Il évoque évidemment le vaccin (qui ne le fait pas en ce moment ?) mais pour te dire que, « oui il faut se vacciner même si ça ne sert à rien parce que des gens vont quand même choper le virus et on nous dira que ces gens-là ne supportaient pas le médicament. » Malheureusement, cela arrive avec tous les médicaments : moi par exemple, pour une migraine, l’ibuprofène ne fonctionne pas. Je ne crie pas au scandale de Big Pharma pour autant mais c’est un autre débat… Le plus bizarre, c’est quand même cette duplicité dans le discours : une bonne technique pour que tu sortes de là en te disant que vous étiez peut-être du même avis mais que tu n’as pas compris…

Et puis, « grosse erreur d’avoir rouvert les boites de nuit mais bon, c’est sûr, si ça a été fait, c’est juste pour que les contaminations repartent à la hausse. » Là, la duplicité a disparu. Il a tâté le terrain avant et comme tu n’as pas réagi vivement, il se dit qu’il a le champ libre. Donc tu cherches la logique dans cette dernière phrase pendant longtemps, mais tu finiras le trajet (et ta nuit) sans avoir compris. Mais l’insomnie vaut de toute façon mieux que de lui avoir demandé d’expliciter. Débattre avec un taxi qui a un avis ou même remettre son opinion en cause en posant une simple question telle que : « mais pourquoi le gouvernement voudrait que les contaminations repartent ? » et c’est prendre le risque de te faire sortir de la voiture au milieu du périph’ avec 3 km restants à faire à pied alors que tu as clairement des chaussures qui ne te le permettent pas. Donc tu commentes un truc neutre en essayant de faire passer de manière subtile le fait que tu n’es pas complètement d’accord. Et là, tu vois tout le principe de la communication : ça marche dans les 2 sens. Soit tu as été tellement subtile qu’aucun message n’est passé soit il n’a pas envie de t’entendre. Quelle que soit la vraie raison, il va quand même renchérir sur ce qu’il disait en pensant que tu es d’accord avec lui.

A partir de là, puisque tu n’as pas voulu montrer de franche opposition, il se sent encore plus libre et se « lâche ». De toutes façons, tout est à cause des jeunes (là, tu comprends, en plus qu’il ne te met pas dans cette catégorie, c’est la double peine). Les jeunes sont tous bourrés, à se rouler par terre, ils ne savent plus se tenir. Il n’a pas dit « c’était mieux avant » mais il n’y a pas besoin d’avoir fait Taxi LV2 pour comprendre. Et en plus, « ils sortent de plus en plus jeunes, et du coup, les filles elles font n’importe quoi » (ah un relent de machisme, j’avais fini par croire que je n’y aurais pas le droit). Donc « elles sortent, elles sont toutes bourrées, faut pas s’étonner qu’elles attirent les malades ». Si j’avais eu un « bingo du taxi / vieux con », j’aurais pu gagner avant le 10ème kilomètre. Ecoute-moi bien Joe (je devais aussi la faire…) tu as une bonne grosse tête de con qui donne très envie de te mettre un bon gros coup de boule et pourtant j’ai réussi à me contenir. Tu comprends le parallèle ?

Puis, distillé dans tout ce venin, tu as droit à des phrases complètement hors sujet. « tiens 5Euros la pizza senior, c’est pas cher. S’il était pas si tard, j’en prendrais bien une. Mais vous savez, je peux pas manger juste avant de me coucher, après je digère mal. » A aucun moment je n’ai donné l’impression que j’étais pharmacienne ou gastro-entérologue mais tant pis, c’est une brèche sans polémique. Je dois m’y engouffrer et j’acquiesce de tout mon soûl. Je relance d’un « oh sinon, juste un fruit ou un petit yaourt, ça cale tout en restant léger, ça peut être bien ». De toutes façons, il a décrété de base que je n’étais plus jeune donc autant y aller à fond.

Heureusement, le trajet touche à sa fin, je lui dis de me laisser à l’entrée de la rue plutôt que devant chez moi. Tant pis pour mes pieds, j’ai besoin de ces 200 m pour m’aérer l’esprit avant de rentrer.

Bref, d’un côté, je trouve ça toujours intéressant de pouvoir se confronter à des gens différents, de se rendre compte que tout le monde ne pense pas de la même façon. Mais bon, sur ce genre d’opinions, je suis bien contente de ne m’y confronter que pendant quelques minutes.

Sur ce, je vous laisse, je vais aller boire ma petite tisane avant de me coucher, apparemment j’en ai au moins le profil…

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