Chronique tiraillée

Comme chaque année à cette période, je suis tiraillée. Pourquoi être tiraillée en début d’année ? Déjà, parce qu’on attend de toi que tu veuilles devenir meilleure et que tu annonces au monde quelles sont tes bonnes résolutions.

1er tiraillement : ai-je vraiment besoin de bonnes résolutions ? Pas que je sois déjà la version nec-plus-ultra de moi-même, je suis sûre qu’on peut faire mieux, mais tout cela est-il vraiment nécessaire, sachant que, comme tout le monde, je vais les tenir 15 jours dans le meilleur des cas. Ensuite, pourquoi le dire aux autres ? Ai-je vraiment envie que tous mes proches prennent pleinement conscience des quelques kilos en trop qui dépassent de mes jeans et donc se focalisent dessus autant que je le fais devant mon armoire chaque matin ?

Enfin, toutes les bonnes résolutions sont-elles du même niveau ? Peut-on applaudir aussi vigoureusement celui qui opte, au 1er janvier, pour l’arrêt des donuts que celui qui décide de donner 2h de son temps chaque semaine à une association ? Dans les deux cas ce sont des bonnes résolutions et je ne suis personne pour hiérarchiser, mais disons que le nouveau fan de brocolis suscite moins mon admiration… Bref, je suis mitigée devant les bonnes résolutions et surtout, je ne suis pas certaine que de s’imposer une date de début commune à tous soit la meilleure façon de parvenir à ses fins.

Donc oui, le début de l’année est un grand moment de tiraillement mais il faut bien se l’avouer, toute l’année est pour moi un éternel cycle de questions et de contradictions. Je suis mon propre avocat du diable. Je serais capable de faire une liste de « pour & contre » au concept même de la liste de « pour & contre ». Et ce, dans tous les aspects de ma vie, du plus superficiel au plus profond.

Quand je fais les courses, dois-je privilégier le bio, le « de saison » ou le recyclable ? (ah ah, piège : je ne fais pas les courses, le Mâle les fait !) A table, au resto, puis-je me faire plaisir avec ce que je ne mange pas chez moi ou faut-il rester sur ses acquis et commander ce bon vieux tartare ? Vaut-il mieux manger de la viande ou du poisson ? (Si tu as regardé Seaspiracy, le documentaire sur la pêche, tu comprends pourquoi je me pose la question…)

Et pour le shopping, j’écoute le mini Hugo Clément posé sur mon épaule, qui me crie de ne plus aller que dans les boutiques de seconde main ou l’hypocondriaque en moi qui ne voit dans la fripe que les virus, maladies et autres sécrétions que la personne d’avant a pu y laisser ?  

Devant mon armoire le matin, est-ce que je choisis le confort et la simplicité d’un pull-jean-baskets ou je rends le tout un peu plus sophistiqué avec mes superbes bottines à talons vert métallisé qui font un peu mal aux pieds en fin de journée ? J’admire ces femmes au look super simple, épuré, qui rendent une chemise blanche hyper classe. Moi, quand j’en mets, j’ai l’impression qu’on va me demander l’addition. Mais n’est-il pas plus marrant de jouer avec les couleurs, les motifs, les matières pour être soi ?  

N’est-il pas temps de vraiment prendre soin de ma santé en mangeant bien mieux, bien plus sainement et, par exemple, arrêter le sucre ? D’un autre côté, je ne mange pas si mal et je n’ai pas de souci de santé donc pourquoi s’infliger ça alors que tout ce qui fait le savoureux d’un plat, c’est le sel, le beurre, le sucre… et que j’adore manger !  

Et le sport alors ? On se force parce qu’il faut se bouger ou alors on kiffe être posée sur son canapé ? D’ailleurs, faut-il profiter de ses vacances, week-ends et autres jours off pour faire tout ce qu’on n’a pas le temps de faire d’habitude ou justement pour se reposer et ne rien faire du tout ?

Pourquoi ne pas décider aujourd’hui de passer moins de temps sur ce téléphone, à regarder les photos Insta de gens que je n’ai pas vus depuis que Plus Belle La Vie a commencé et enfin lire toute cette pile de romans qui m’attend sur ma table de chevet ? En même temps, j’ai aussi droit à ce moment de déconnexion de mon cerveau et je ne suis pas juré au Goncourt donc ça peut attendre. Et puis, comment vivre sans savoir que ma correspondante espagnole du lycée a bu une bière dans un pub irlandais cette semaine ?

Ne faut-il pas remettre tout le système économique en question vu qu’on gaspille des ressources que nous n’avons plus pour produire trop alors que des gens meurent de faim et que la planète brûle (ambiaaaannnce…) ou se dire que finalement l’humain s’en est toujours sorti donc on va bien réussir à faire émerger un petit génie qui nous sauvera ? (Greta, je crois en toi !)

J’avais prévenu : « tous les aspects de ma vie, du plus superficiel au plus profond. » Et ça, ce n’est qu’une petite fraction de tous les mini-débats qu’il peut y avoir dans ma tête en permanence. Autant vous dire que je suis fatiguée (et donc que j’ai droit à mon téléphone un peu !)…

Bref, comme disait mon prof de français : « Choisir, c’est renoncer » (ah bon, ce n’est pas de lui ?) donc je me force à prendre un chemin plutôt qu’un autre à chacune de mes tergiversations. Mais cela peut varier selon mes envies, mes humeurs (et mon pourcentage de batterie…). Et je crois qu’au fond, j’apprécie avoir la capacité intellectuelle de pouvoir me poser toutes ces questions. (mais, dans l’absolu, les gens « limités » ne sont-ils pas plus heureux sans toutes ces remises en cause ?)

Sur ce, je vous laisse, je vais cuisiner mes poireaux bio, de saison, issus de l’Amap du coin. Il faut bien ça pour compenser le McDo de la veille !

PS : Et bonne année bien sûr !

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