Chronique d’une semaine à 7 vrais jours

J’ai découvert assez récemment que le dimanche était une vraie journée de la semaine, qu’on pouvait y prévoir des rendez-vous, faire certaines choses et « en profiter ».

En fait, quand j’étais petite, blonde avec des couettes, qu’on me demandait de mettre une cagoule avec de la fourrure sur le tour du crâne dès les premiers frimas (et je vivais en Auvergne, autant vous dire que la cagoule prenait une place folle dans ma garde-robe), le dimanche était un peu une journée qui n’aurait pas mérité son statut de jour de la semaine.

On se levait tard, on se lavait encore plus tard, on ne faisait rien de spécial, à part la sieste devant Walker Texas Ranger (mais seulement après l’indispensable et inénarrable reprise du générique en « yaourt » par ma sœur) et on finissait la journée par les spaghetti du dimanche. Bien sûr, j’ai aussi plein d’autres souvenirs de vélo dans la campagne ou de luge dans le jardin (oui en Auvergne, tu peux faire de la luge dans ton jardin) mais globalement, tout se passait à huis clos.

Il faut dire que mon père partait travailler toute la semaine et que le week-end était le seul moment où on était vraiment ensemble. Attention, ce n’est pas une critique, j’ai vraiment de très bons souvenirs : les après-midis à fabriquer des parfums dans notre cabane – je ne comprends pas que les créateurs n’aient toujours pas adopté notre fragrance pissenlit d’ailleurs – les journées à faire descendre les espèces de ressorts qu’on a tous eus dans les escaliers, les moments où on a essayé de coiffer le chat (ndlr : le gel à cheveux ne tient pas sur les poils de chat…) ou faire manger une pomme de terre crue à notre chien (non, mais sinon, on les aimait nos animaux), les tours en moto et les milliers de perles enfilées (mais pas les plus jolies parce qu’après, on ne les aurait plus…) . Tout ça fait partie de ce que je pensais être jusqu’à très récemment la vie normale du dimanche.

Et puis, j’ai grandi, j’ai vécu toute seule, puis avec ma sœur (à un moment où le Stetson et les Santiags n’avaient plus leur place à la télé), puis avec le Mâle, mais surtout en région parisienne. Et là, je me suis rendue compte que le dimanche, tu pouvais aussi voir d’autres gens, faire d’autres choses et surtout que plein de gens le savaient déjà. Et crois-tu qu’on me l’aurait dit ? Que nenni !

Ça m’a frappée quand, il y a (forcément) quelques temps, la prof de sport à la salle nous dit lors de notre cours du vendredi midi « et pour ceux qui veulent, je suis aussi là dimanche matin, enfin à 12H ». Et là, c’est le choc : elle est prête à travailler, des gens sont prêts à venir faire du sport un dimanche et à louper la 12ème rediff de Stéphane Plaza, qui a inévitablement remplacé le shérif le plus célèbre de l’Ouest.

Alors, dans un souci de sociologie, j’ai décidé que j’irai voir. Il faut dire que le microcosme de la salle de sport se prête très bien à la sociologie, mais on en reparlera très vite. Comme je ne dors plus jusqu’à des heures indues (voir la chronique d’une décrépitude annoncée), il m’était donc physiquement possible d’assister au cours. Et là, alors que j’enfile mon meilleur legging – notez l’oxymore – et que je suis dans la rue, je croise beaucoup de gens ! Du vélo en famille, des cafés entre amis sur la place de la mairie, des vraies « tenues du dimanche » à la sortie de l’église mais aussi devant le fleuriste pour le bouquet qu’on a oublié d’acheter la veille « alors que je te l’ai dit depuis une semaine qu’on allait manger chez les Maldini ! ». Ne nous mentons pas, tu croises aussi le jogging un peu défraîchi surement enfilé par dessus le pyjama qui fait la queue à la boulangerie les yeux encore fermés mais qui a le mérite d’être sorti pour les croissants.

Plus j’avançais, plus je les croisais, plus je me disais qu’on ne les avait pas prévenus tous ces gens que le dimanche, on reste chez soi. Mais surtout, moi, je découvrais un vrai univers. A moi la séance de sport autre que le petit footing d’une demi-heure en faisant des cercles concentriques autour de l’appartement, mais aussi les brunchs avec les copines, les promenades juste pour le plaisir, les séances de ciné… Ça ne veut pas dire que je le fais chaque dimanche, que je ne vais pas me faire une sieste devant Jean-Pierre et Micheline qui ne comprennent pas pourquoi leur maison de chasseur (= papier-peint à motif gibier, tête de cerf empaillée dans les toilettes et lampe à pied de biche empaillée) ne se vend pas depuis 3 ans, ça veut juste dire que désormais, je peux organiser mes semaines en prenant le dimanche en compte.

Mon dimanche a même atteint son statut de « meilleur jour de la semaine » quand j’en ai profité pour cuisiner (le confinement, ça nous a changés quand même) l’intégralité de mon frigo pour que toute la semaine, on n’ait pas à se jeter sur le catalogue Picard. Bon, ok, avant ça, j’avais zoné devant la télé, elle m’avait regardé observer l’intérieur de mes paupières et mettre du vernis (on est en sandales quand même). Mais j’ai « utilisé » mon dimanche et ça, ça ne faisait pas partie de mon emploi du temps avant. Bref, j’ai gagné un jour par semaine et c’est aussi un peu pour ça que je publie ici le dimanche, comme un hommage à ce nouveau monde des possibles.

Sur ce, je vous laisse, j’ai pris rendez-vous pour un cours de yoga sur le toit de Pompidou.  

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