Chronique ringarde

J’ai lu récemment que les gifs étaient devenus ringards. Et au-delà du fait que j’en utilise, comme tout bon millenial, assez souvent, je me suis posé la question du « ringard ». Qui le définit ? Qu’est-ce-qui est ringard ? Est-ce que le ringard est le même pour tous ? Bref, comme d’habitude, cette petite info loin d’apporter sa pierre à l’édifice d’un monde meilleur et plus éclairé m’a tarabustée. (mot compte triple)

Apparemment, les gifs seraient ringards parce que la majorité des gens sait de quoi il s’agit et utilise régulièrement les mêmes, préférant répondre à chaque blague avec la fille qui recrache son verre d’eau de rire plutôt que de fouiller dans les tréfonds du moteur de recherche. On a donc une partie de la réponse : le ringard viendrait du fait que le mouvement, l’objet ou l’expression est adopté par la majorité. On a tous envie d’être à la pointe de la tendance et il suffit de lire quelques magazines pour être confortés là-dedans. Mais dès lors que la tendance est connue et adoptée, elle meurt…

Ringard serait donc l’opposé d’originalité.

Évidemment, de là, se pose la question de l’originalité. On en a déjà parlé : bien que je sois pour que chacun puisse s’exprimer à sa façon, l’originalité ne peut pas être une norme. Tout ça pour aboutir au fait qu’on aurait pu énoncer depuis le début (mais il faut croire que mes dissert’ de philo me manquent) : on est bien sûr tous le ringard de quelqu’un, d’un autre groupe social, culturel, familial…

Par exemple (et c’est la partie marrante), si on dressait la liste de ce que je trouve ringard, je pourrais mettre au même niveau : les collants couleur chair et les ballerines, les gens qui abrègent les mots à tout bout de champ (ces gens-là ne parlent pas de ringard mais de « ringu’ ») et ceux qui mettent de l’anglais un mot sur trois alors que leur seule expérience de l’anglophonie se résume à 3 jours passés, en 4ème au collège Jules Ferry, dans une famille de Birmingham à manger des petits pois de la taille d’une olive, les pulls en polaire portés en dehors de chez soi, les néons sous les Polo, les polos avec un croco à l’envers, les chaussettes de tennis portées avec des mocassins à glands, les mocassins à glands, les gens qui sifflent tout le temps alors qu’ils ne sont pas pizzaïolos, les manucures à strass et les ongles trop longs, l’humour de Bigard et compagnie, les tatouages maoris ou encore avec des signes chinois quand tu ne sais pas ce qu’ils signifient…

Et j’ai conscience que cette liste n’est qu’une succession de jugements totalement arbitraires. Qu’on pourrait m’opposer des arguments contraires à chacun de ces éléments (enfin, le franglais quand même…) et qu’on pourrait tout aussi bien me dire à quel point ma tenue, ma coupe de cheveux, mes expressions… sont ringards. Mais là se trouve toute la beauté du concept : chacun peut décider de ce qui est ringard ou pas.

Puis, on le sait, la mode étant un éternel recommencement, ce qu’on trouve ringard aujourd’hui finira par revenir en haut de notre liste au Père Noël (j’ai failli dire « wishlist »… comme quoi, on peut même être son propre ringard !) Je ne me donne pas plus de 5 ans avant d’aller m’acheter des mocassins à glands tout ça parce qu’ils sont pailletés. Et j’ai bien été plus que ravie de recevoir un puzzle à Noël… Oui, en plus, je suis ringarde à retardement, je l’ai commandé 2 ans après le 1er confinement ! (parlez-moi de « confifi » et je vous range en haut de la liste des « ringardos »)

En plus, plus je vieillis, plus je m’attendris face à ce que je trouvais inacceptable avant. Le ringard, antichambre de la nostalgie ? Revenons sur les néons et autres becquets sur les Polo et autres Golf TDI : ils me rappellent inexorablement les soirées de fous rires passées avec mes copains de la fac devant Confessions Intimes à regarder Jean-Kevin demander à Marie-Brenda de sortir de la voiture pour soulever le bas-de-caisse à chaque dos d’âne tout autant pour éviter les rayures que pour alléger la voiture en la délestant de Bobonne.

Bref, tout ça pour dire, que oui, j’utilise des gifs et que, même si j’arrêterai à un moment parce que ça me lassera autant que les chaussures à plateforme, je vais continuer encore un peu. Le ringard, comme toutes ces notions de jugement, n’est qu’une façon de se sentir supérieur aux autres, pour les gens qui ne sont pas sûrs d’eux. Ou qui prennent au pied de la lettre les articles de magazine qui leur disent quoi penser.

Sur ce, je vous laisse, je dois finir mon puzzle.

Le ringard serait-il le nouveau cool ?

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